Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 10:09

Les fondements de l’amphithéâtre sont toujours là, enfouis sous une zone en grande partie pavillonnaire. L'emplacement est délimité par une partie de la Rue des Francs-Bourgeois, par la Rue des Arènes en arc de cercle, et la Rue de la Caserne. Cet endroit était appelé Clos des Arènes ou Champ des Martyrs ou Champs des Chrétiens.

Sur la photo ci-dessous, l’emplacement se trouve au centre de la photo, en forme de cercle, sous la cour de la caserne.

  Sens - Quartier des arènes - Copie

 

Cliché Gérard CHOUQUET publié avec son autorisation

http://www.archeogeographie.org

 

La première campagne de fouilles entreprise par la Société Archéologique de Sens en 1849 a fourni des informations de première importance (1). Cependant, Il faudra attendre 1961 pour que de nouvelles observations permettent de préciser ses dimensions réelles : 160 mètres x 110 (2), et pour l'arène centrale 71,40 mètres sur 48,20. Ces chiffres le placent en tête des amphithéâtres français devant ceux de Poitiers et de Tours, et en troisième position dans l’empire derrière celui de Capoue (3), le Colisée de Rome étant le plus grand.

 

Sa contenance était de 25 000 à 30 000 personnes environ. Cette estimation résulte d’une extrapolation avec les autres amphithéâtres étudiés ci-dessous. Il n'y avait probablement pas ce nombre d'habitants à Sens à l'époque, mais ces chiffres deviennent très possible si on y ajoute la population des faubourgs, suburbium en latin, et des villages environnants. 

 

L’amphithéâtre de Sens a été édifié dans le courant du 1er siècle après J-C probablement en même temps que le Colisée de Rome. De forme elliptique, son grand axe est orienté nord-sud. Sur l’extrémité nord du grand axe, l’entrée principale de 11 à 12 mètres de largeur (1) se situait dans ou à proximité de l’actuelle rue des arènes. Deux autres portes plus petites ont été identifiées sur les autres côtés dont l’une mesure 1,75 mètres.

 

Pour l’œil averti, la photo ci-dessous, prise à l’endroit de l’entrée principale, montre la déclivité du sol vers l’intérieure de l’amphithéatre.  

 

IMGP1016 

Dans un document de 1645, 2 ou 3 arcades étaient encore debout. Elles devaient être abattues par des vignerons qui n’en connaissaient pas le prix. A cet endroit le podium (a) mesurait 2,70 mètres d’épaisseur. A un autre que précise Lallier (1), il mesurait 4 mètres d‘épaisseur, ce qui est tout à fait considérable, et laisse penser à un édifice très important à plusieurs étages (4).

 

Le produit du démontage a servi à la construction de l'enceinte de la ville. La date exacte de ce démantèlement est inconnue. Pour une bonne approximation, une fourchette de 275 à 300 peut être retenue. Appréciations toutes personnelles, ce chantier de démolition s’est déroulé sur plusieurs mois, à un rythme soutenu car les envahisseurs n’étaient pas loin. Les équipes de démolition et de construction du mur étaient nombreuses et composées de tous les hommes libres, esclaves et prisonniers de la ville et des alentours, et très probablement de la légion en garnison à Agendicum.  

 

(a)     podium : mur destiné à soutenir les gradins et à clore le pourtour de l’arène. La plate-forme ainsi obtenue se trouvait très au-dessus de l’arène et servait de protection du public contre les atteintes des bêtes féroces. Le rebord du podium pouvait être équipé d’une balustrade ou d’un parapet maçonné ou métallique..

 

Les spectacles

 

Son but premier était les combats de gladiateurs, munera en latin, spectacles très appréciés des foules  La construction d'amphithéâtres devait donc se généraliser dans tout l'empire dès le 1er siècle avant J-C. Tout d’abord, seuls les esclaves et les prisonniers étaient entraînés pour les combats. Par la suite des volontaires rémunérés viendront grossir les rangs.


  Frise des gladiateurs

  Frise provenant du Colisée à Rome

 

Cette profession à risque pouvait s’arrêter brutalement car le perdant pouvait y laisser la vie dans la plus part des cas. Certains s’en sortaient et devenaient entraîneurs ou responsables d’une « écurie » de gladiateurs à la solde de très riches familles.

 

Les musées de Sens conservent une stèle funéraire très touchante. Elle concerne Hylas, le chef des gladiateurs :

  Stèle funéraire - DSC03334 - Copie

Photo de l'auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

« Aux dieux mânes et à la mémoire éternelle d'Hylas. Au dimachère (a) ou à l'essédaire (b).Vainqueur dans sept combats, en temps que premier des gladiateurs. Ermais sa femme a fait élever ce monument à son époux très chéri. … »

(fin IIe, début IIIe siècle après J-C)

 

Les combats de gladiateurs seront interdits sous Constantin 1er (272-306-337), mais la profession disparaîtra complètement sous Honorius (384-395-423).

 

Aujourd’hui, dans le sud de la France, certains amphithéâtres ont été aménagés pour des corridas et autres spectacles musicaux et théâtraux. Quelques 16 siècles après leur interdiction les combats de gladiateurs réapparaissent, notamment dans les arènes de Nîmes, avec bien entendu des règles différentes !  Le spectacle est exceptionnel.

 

La chasse aux fauves ou venationes (c), les exhibitions d’athlètes, et les exécutions publiques bien souvent de martyrs chrétiens, formaient l’essentiel des autres spectacles réclamés par la foule.

 La chasse aux fauves

  Mosaïque la chasse aux fauves venant du Colisée

 

Un orchestre composé de sonneurs de cornu, de joueurs de trompettes et tubas, d'un orgue hydraulique (5) et de percutions diverses accompagnait chaque spectacle (6).

 

(a)  dimachère : gladiateur qui combattait les deux mains armées

(b)  essédaire : gladiateur qui combattait sur un char à deux roues

(c)  venationes : chasse de fauves et autres animaux sauvages à poil, d'où le terme « venaison »

 

Eléments de comparaison

 

Rome, le Colisée 

Souhaitant doter Rome du plus grand et plus bel amphithéâtre du monde romain, Vespasien (9-69-79) ordonna le début des travaux en 71 ou 72 après J-C. L'édifice sera terminé par son fils Titus (39-79-81) en 80. Son nom d'origine est l'amphithéâtre Flavien, du nom de la famille de l'empereur. Selon Dion Cassius (a), il aurait été financé avec le butin provenant du sac de Jérusalem en 70.  

 

Amphithéâtre de forme elliptique, ses dimensions extérieures sont impressionnantes : 188 mètres de long sur 156, et l'arène centrale 86 mètres sur 54. Il pouvait contenir jusqu'à 60 000 personnes (7) environ après les travaux d'agrandissement ordonnés par Titus. Les 80 arcades du rez-de-chaussée donnaient accès chacune à un escalier conduisant à la cavea.(b), aux maeniana (c) et travées (d).

 

Le mur extérieur de l’édifice présente 4 niveaux. Les trois premiers sont ornés par des colonnes des différents ordres, dorico-toscan, ionique et corinthien, le quatrième est un mur percé de fenêtres et surmonté de consoles maçonnées nécessaires à la fixation des mats du vélum. C’est une toile épaisse tendue au-dessus de l'édifice selon les caprices de la météo ou l'intensité des rayons solaires. Il était manœuvré par une équipe de marins, car cette profession rompue au maniement des voiles, était la seule à pouvoir établir le vélum en un temps record !

 

  01 - ROME - Le COLISEE ou amphithéatre flavien

 

Lors de son inauguration en 80, Dion Cassius rapporte que Titus avait réservé aux romains des spectacles qui durèrent pendant 100 jours, au cours desquels 9 000 animaux tant domestiques que sauvages furent sacrifiés.

 

(a)  Dion Cassius, ca (155-235) est un haut fonctionnaire talentueux du régime. Il rédige une Histoire Romaine en 80 volumes retraçant 973 ans de l'organisation politique et sociale de Rome et la vie de plusieurs régions et colonies de l'Empire. Il faut rester prudent quand il narre des évènements qui se sont passés plus d'un siècle auparavant. Les écrivains de l'époque sont nombreux, mais très peu sont ceux qui parlent du Colisée et de son histoire.

(b)  cavea : partie d’un théâtre ou d’un amphithéâtre où se trouvent les gradins

(c)  maeniana : ensembles de rangées concentriques de gradins.

(d)  travées : divisions des « maeniana » délimitées par des escaliers menant à des portes ou « vomitoria » à partir desquelles les spectateurs étaient dirigés vers des couloirs de circulation.

 

Capoue  

Dans la liste des plus grands amphithéâtres de l’empire romain, celui de Capoue vient juste après le Colisée. Sa construction remonte au 1er après J-C pendant la période Augustéenne. Si ses dimensions extérieures sont parfaitement connues : 167 mètres sur 137, celles de l’arène centrale, 76 mètres sur 51, sont approximatives et résultent d’une extrapolation. Sa contenance serait d’environ 40 000 spectateurs. C’est dans ces arènes qu’exerça le célèbre Spartacus (3).

 Amphithéâtre de Capoue 2

Photo Wikipédia

 

Poitiers

Comme à Sens l’emplacement exact de l’amphithéâtre est parfaitement connu. Ses dimensions sont très proches : 156 mètres sur 131, et pour l’arène centrale, 69 mètres sur 50. Ces dernières mesures sont issues de l’extrapolation et demandent beaucoup de prudence.

 

Pour plus d’informations, il y a plusieurs sites à consulter sur la web, mais. je recommande plus particulièrement celui-ci  : http://vieuxpoitiers.free.fr/htm/Amphi2.htm

 

Origine des amphithéâtres

 

La réponse est donnée par Jean-Claude Golvin, Directeur de Recherches au C.N.R.S. dans un remarquable article (8). Contrairement aux théâtres dont parle longuement Vitruve, aucun document ne donne d’indication sur l’architecture des amphithéâtres, hormis les quelques précisions données par Pline l’Ancien concernant le double théâtre de Curion (a) construit en 52 avant J-C. Ce nouvel édifice en bois consistait en deux théâtres accolés délimitant une arène centrale. L’autre précision est donnée par Héron d’Alexandrie (b) concernant le calcul du périmètre de l’amphithéâtre.

 

(a)   Caius Scribonius Curion (ca 90-49 av. J.-C.) est un personnage politique de la fin de la République romaine. Il se rallie à César qui lui confie des commandements dans la légion.

(b)   Héron d'Alexandrie ou Héron l'Ancien est ingénieur et mathématicien grec du Ier siècle après J.-C. On lui doit des inventions en mécanique et en optique. Il laisse également quelques formules de mathématique.

 

Sources

  1. LALLIER, « Note sur les fouilles exécutées en 1849 dans l'emplacement de l'amphithéâtre gallo-romain de Sens », tome 2, 1851, [en ligne sur http://gallica.bnf.fr]
  2. Didier PERRUGOT, « L’Yonne et son passé », Expo Archéo 89, page 143
  3. Encyclopédie Wikipédia, « L’Amphithéâtre de Capoue »
  4. Joseph PERRIN, Procès verbal de la séance du 7 février 1910, au cours de laquelle lecture est faite d’un extrait d’un cahier de 1702 sur les origines de Sens, Bulletin de la Société Archéologique de Sens, tome 26, 1911
  5. VITRUVE, « De l’architecture », tome 2, livre X, § VIII  [en ligne sur le site de Remacle]
  6. François GILBERT et Jean-Claude GOLVIN, « Un jour à l'amphithéâtre - Les jeux du cirque »,  L'Archéologue, revue d'archéologie, n°112, février-mars 2011
  7. Jean-Claude MORETTI, Institut de Recherche sur l’Architecture Antique (IRAA) du CNRS Lyon, « Les théâtres et amphithéâtres antiques » 1999
  8. Jean-Claude GOLVIN, « L’amphithéâtre romain - Les amphithéâtres de la Gaule », Dossier Histoire et Archéologie, n°116 de mai 1987,  

 

Partager cet article

Repost 0
Published by agendicum - dans SENS antique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Sens et le Sénonais antique et médiéval
  • Sens et le Sénonais antique et médiéval
  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
  • Contact

Rechercher

Archives