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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:43

Selon Augusta HURE (1) : « le nom Sénon n'appartenait pas originairement à une tribu celtique, mais à une tribu pré-gauloise ou pré-celtique du Sénonais ». A une période éloignée, leur territoire était surement beaucoup plus étendu vers l'est de la France. Hormis le village de Sénon dans la Meuse, on relève plusieurs agglomérations ayant Sénon comme racine dans leur nom : Senones dans les Vosges, Sénoncourt dans la Meuse et la Haute-Saône, et Sénonville aujourd'hui commune de Valbois dans la Meuse. C'est en venant du plateau bavarois (2) que ce peuple aurait probablement fondé ces citées.

Un autre spécialiste de l'antiquité Joël SCHMIDT (3) fait venir les Sénons avec les Celtes des pays du nord de l’Europe (Danemark, rives de la Baltique, Frise, Jutland, Ems, Weser et Elbe), dès le Ve siècle avant notre ère, à la recherche d'espace vitale et d'un climat moins rude. Cet auteur précise en outre : « Les guerriers celtes ne sont pas seuls. Ils sont suivi par des femmes, des enfants, des vieillards et par leurs troupeaux. Ils se déplacent par milliers, voir par centaines de milliers dans des chariots ... ».

Le problème de la provenance des Sénons n'est encore résolu. Laissons donc les spécialistes travailler à cette passionnante énigme !


A cette époque une autre branche des Sénons emmenée par Bellovèse part s'établir en l'Italie sur les bords de l'Adriatique (Tite-Live V, 34)(4), dans la province d'Ancône. Ce territoire nommé par les Romains « ager gallicus » signifie « terre gauloise », sera annexé par les Romains en 295 avant J-C après la victoire de Sentinum sur une coalition des Sénons et des Samnites. Les romains fondront probablement à cette époque la ville de SENA ou SENA GALLIA, qui deviendra par la suite SENIGALLIA.


Dans l'hexagone, leur territoire couvre majoritairement les départements de l'Yonne et de la Seine-et-Marne, mais empiète aussi sur ceux du Loiret à l'ouest et de l'Aube à l'est. A cette époque la notion de frontière n'est pas très précise. Dans la grande majorité des cas, ce sont les cours d'eau, les marécages et les forêts qui servent de délimitations.

 

Carte de la Senonie1

Camille JULLIAN (6) puis Henri BEIS (7) donnent un éclairage tout à fait intéressant sur ces limites, et notamment sur l'appartenance ou pas des Auxerrois au territoire des Sénons. Il y aurait eu probablement une grande confusion entre les époques pré-romaine, celle de César, celle d'Auguste, et celle de la création des diocèses, où les découpages administratifs n'ont pas arrêté de changer. Pour Bertrand DEBATTY (8) la cité d'Auxerre pourrait avoir été Sénone avant la fin du IIIe siècle, c'est à dire avant la réforme de Dioclétien.


La limite nord avec le territoire des Meldes semble être la rivière Yvron à quelques kilomètres au nord de Châteaubleau. A propos de ce ru, le terme « equoranda » a été avancé. Il s'agit d'un mot d'origine celte utilisé pour désigner une rivière frontière entre deux territoires. De plus cette limite a coïncidé avec celle des évêchés de Sens et de Meaux quelques décénies plus tard.


Selon César, les Parisii qui occupaient les anciens départements de la Seine et de La Seine-et-Oise, étaient autrefois unis aux Sénons en un seul état. (Guerre des Gaules, VI, 5).


La langue et les écrits

SENON en celtique signifie « vieux », « ancien », ou « sage ». Ce terme deviendra par la suite SENO ou SENOS pour les gaulois. De nos jours le préfixe SEN a survécu dans le mot sénior. Malheureusement tout était dans le langage, rares étaient les écrits.

Hormis quelques tessons que les archéologues ont mis au jour ici et là, le seul document retrouvé est « la tuile de Châteaubleau » que plusieurs spécialistes dont Pierre-Yves LAMBERT (9) ont tenté de  déchiffrer sans être tous d'accord sur la traduction. Dans le "blog de Lutèce"  l'auteur a développé ce sujet.

 

L'habitat

Les autochtones et les Sénons vivaient dans des maisons en bois et torchis recouvertes de chaume.

 

Un village Gaulois primitif 

Des fouilles dirigées par D.THIBAULT en 1992 sur le chantier de l'autoroute A5, au lieu dit Champs Notre-Dame, sur la commune de Saint-Denis-lès-Sens ont mis au jour une ferme gauloise du 1er siècle avant J-C,.dont une maquette est conservée aux Musées de Sens.

Les habitations se trouvaient toujours à proximité de points d'eau douce, sources, ruisseaux et autres rivières. Vu leur importance pour la vie communautaire, ils étaient toujours divinisés. C'est le cas de la rivière Yonne qui l'a été très tôt. Icauna est le nom pré-latin de la déesse, attesté par une dédicace retrouvée à Auxerre.

Autre exemple, la Fosse Dionne est l'un des points remarquables de la ville de Tonnerre. Selon Marcel MEUNIER, ancien président de la Société d’Études d’Avallon et auteur d'une savante étude hydrologique consacrée à l'antique « fons divona », Dionne serait la contraction de Divonne ou Divona. Cette source ne serait donc qu'une dédicace à la divinité celtique des eaux. On retrouve le nom de la déesse dans le toponyme Divonne-les-Bains dans le département de l'Ain.

 

TONNERRE - La Fosse Dionne

 

Les soins du corps

« Les Gaulois sont grands de taille ; ils ont la chair molle et la peau blanche : leurs cheveux sont naturellement blonds, et ils cherchent par des moyens artificiels à rehausser cette couleur : ils les lavent fréquemment avec une lessive de chaux, ils les retirent du front vers le sommet de la tête et la nuque, de sorte qu'ils ont l'aspect de Satyres et de Pans. Grâce à ces moyens, leurs cheveux s'épaississent tellement qu'ils ressemblent aux crins des chevaux. Quelques-uns se rasent la barbe et d'autres la laissent croître modérément, mais les nobles se rasent les joues, et laissent pousser les moustaches, de manière qu'elles leur couvrent la bouche ». (Diodore de Sicile, V,28)


L'habillement

« Les Gaulois portent des vêtements singuliers; ils ont des tuniques bigarrées de différentes couleurs, et des chausses qu'ils appellent bragues. Avec des agrafes, ils attachent à leurs épaules des saies rayées, d'une étoffe à petits carreaux multicolores, épaisse en hiver, et légère en été ». (Diodore de Sicile, V,30)


Le travail du fer

Le département de l'Yonne est très riche en minerai de fer facile à exploiter car peu profond. Cette activité vient remplacer celle du silex également en abondance dans la région.

Des fouilles ont été effectuées au début des années 90 aux Clérimois, canton de Villeneuve-l'Archevêque, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Sens (9). Elles ont permis de mettre au jour trois types de bas-fourneaux (a) ayant fonctionné du IIIe siècle avant J-C au VIIe siècle de notre ère.


(a) Le bas-fourneau est un four à combustion interne qui a servi jusqu'au Moyen-Âge à la transformation du minerai de fer en fer métallique.


Le combustible était le charbon de bois. La taille des fours et la masse importante des scories retrouvées indique une grande production de fer.

 

Vie quotidienne - DSC02728

Photo de l’auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

En plus du pays d'Othe et de la Puisaye, les différentes fouilles ont révélé d'autres centres autour de Sens : Paron, Villeneuve-sur-Yonne, Mâlay-le-Grand, Marsangy et Vallery. Seules l'extraction et la fonderie étaient réalisées sur place, la fabrication de vaisselle, armement et autres ustensiles étant faite ailleurs (1). Pour Michel MANGIN (10) il faut chercher les forges dans les agglomérations que ce soit pour la fabrication des objets, ou pour leurs réparations. Dans sa conclusion, il parle des Sénons comme étant un véritable « peuple de métallurgistes ».

 

Sources

  1. Augusta HURE, « Le Sénonais aux ages du bronze et du fer. Les Sénons d'après l'archéologie », Culture et Civilisation à Bruxelles, 1978

  2. Pierre PARRUZOT, « Sens », 1971

  3. Joël SCHMIDT, « Les Gaulois contre les Romains », collection Tempus n°311, éditions Perrin, 2010

  4. TITE-LIVE, « Histoire Romaine », traduction nouvelle, éditons Garnier-Flammarion à Paris, 1995

  5. Jules CESAR, « La Guerre des Gaules », traduction de L.-A.CONSTANS, chez Folio Classique n°1315, août 2010.

  6. Camille JULLIAN, « Histoire de la Gaule » en 6 volumes parus de 1908 à 1920 chez Hachette à l'origine. Toujours en vente dans d'autres éditions.

  7. Henri BEIS, « Étude sur la détermination du territoire des Sénons », Bulletin de la Société Archéologique de Sens, tome XXXIV, 1925

  8. Bertrand DEBATTY « Les limites de la cité gallo-romaine des Sénons », Hypothèses 1/2004 (), p. 85-94. URL : www.cairn.info/revue-hypotheses-2004-1-page-85.htm.

  9. Pierre-Yves LAMBERT, « La langue gauloise, description linguistique, commentaires d'inscriptions choisies », éditions Errance, 2003.

  10. Christophe DUNIKOWSKI et Sandra CABBOI, « La sidérurgie chez les Sénons : les ateliers celtiques et gallo-romains des Clérimois » - Archéologie préventive sur le tracé des autoroutes A5-A160, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme à Paris, 1995

  11. Michel MANGIN, « Le travail du fer – Dans les villes et les campagnes gallo-romaines », Dossier d'Archéologie hors série n°11 de décembre 2004.

 

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Published by agendicum - dans Les SENONS
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eriks 17/04/2016 21:30

Bonjour. Étymologie ethnonyme qui Arise, noms de lieux, noms de lieux ou de Sens Sena Gallica est la suivante - Shannon - anciens - anciens Gaulois, Senigallia parce ancienne Importance ancienne.
Pourtant, l'identité de cette nation etnima nese est resté en Lettonie, qui est l'un de la tribu, qui fait la chronique appelée semigallen, mais maintenant Zemgale.
Et comme notre sens de la langue ancienne attribué à ce moment-là, il en résulte qu'il a conservé l'ancienne langue gauloise.
Tout bon. J'espère que venir dans maniable.

Agendicum 18/04/2016 08:08

Merci pour cette très intéressante analyse. Je vais faire de nouvelles recherches, et parler de votre réponse à un spécialiste des Sénons. Merci encore.

Agendicum 18/04/2016 07:52

Merci pour cette très intéressante analyse.

Richard LEJEUNE 03/04/2012 06:46


Ok. Je me souviens maintenant ...


En fait, je vous avais laissé un dernier commentaire espérant poursuivre la lecture de votre blog que vous arrêtiez brusquement en promettant d'autres horizons.


 


Et puis plus rien.


 


Pourquoi ne pas m'avoir contacté pour m'annoncer la création de ce nouveau blog ??

agendicum 03/04/2012 08:21



Je suis tout à fait confus si j'ai omis de le faire. Mille excuses.


Mon blog sur l'Egypte n'est pas terminé, je le reprendrai après mon prochain voyage, mais quand !


Je vous souhaite bonne lecture de celui-ci.


 



Richard LEJEUNE 02/04/2012 21:44


Là, je reste pantois ...


L'on se connaît ?


 


Agendicum - comme pseudo d'un blog - j'avoue ne pas me souvenir.


 


J'ai en mémoire un excellent blog notamment consacré à l'Histoire, malheureusement disparu de la blogosphère : "Seteblog", il s'appelait.


Serait-ce vous ?


Si tel n'était pas le cas, merci de raviver mes neurones en vous donnant à (re)connaître ...

agendicum 03/04/2012 05:44



Oui, tout à fait. Je suis l'auteur de "Au Pays d'HATHOR"


http://deessehathor.canalblog.com


J'ai toujours pour ce blog le pseudo d'Amfortas. Vous m'avez très souvent lu et donné des conseils dans le passé.


Bonne journée



Richard LEJEUNE 02/04/2012 15:38


Le hasard d'une recherche, comme souvent, m'a conduit vers votre blog qui, de prime abord, me paraît extrêmement intéressant.


 


Les vacances (belges) de Printemps terminées, je m'autoriserai à revenir pour vous lire de manière plus détaillée.


 


A tout bientôt.

agendicum 02/04/2012 21:09



Bonsoir Richard,


Cà me fait très grand plaisir de vous revoir sur internet. Merci pour le compliment.


Comme vous voyez, je me suis lancé dans un autre blog toujours sur l'Antiquité. mais celle la est bien de chez nous. J'attends patiemment que l'Egypte soit plus calme et qu'elle puisse assurer la
sécurité des touristes pour y retourner.


Donc en attendant, j'ai décidé de me plonger dans l'histoire du Pays Sénon, et de Sens en particulier, ville où je réside.


J'espère que vous allez bien.


Amicalement



gribouille24 22/09/2011 14:23



bonjour à toi .. et bien voilà un article . fortement complet .. tu doit en mettre du temps a preparer tes articles ... merci pour cette note d'histoire . bonne journée amicalement
sakana



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  • : Sens et le Sénonais antique et médiéval
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  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
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