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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 21:17

L'eau, instrument de la romanisation

 

Les ingénieurs romains qui suivaient Auguste représentaient tous les corps de métier qu'imposaient la construction d'une ville nouvelle. Les hydrauliciens en tête devaient déterminer avec précision les points d'eau avec toutes les possibilités de captage, d'acheminement et d'alimentation d'une agglomération, pour les maisons individuelles, les thermes, les fontaines, les ateliers, les égouts, etc. C'était là, l'apport d'un certain confort inconnu des peuples colonisés, mais auquel ils devaient adhérer très rapidement.

 

L'aqueduc

 

Il permettait d'acheminer les eaux de plusieurs sources de la vallée de la Vanne sur un peu plus de 14 km pour alimenter Sens-Agendicum.

La source Saint-Philbert prend sa source à Theil-sur-Vanne et emprunte l’aqueduc du même nom. A Noé, il vient récupérer les eaux de la source de Noé, puis celles de la source du Miroir, et à proximité de Mâlay-le-Grand les eaux de l'aqueduc de la Faucaudrie avant d'arriver à Sens.

 

Coupe Aqueduc

  Coupe d'un aqueduc gallo-romain souterrain

 

Plusieurs regards de visite étaient prévus tout le long du parcours, comme le prescrivait Vitruve (6). Les musées de Sens en conserve un exemplaire avec son bouchon au dessous à droite.

 

DSC03520

Photo de l'auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

La grande majorité de l'ouvrage chemine sous terre avec quelques remontées dont toutes les traces ont disparu aujourd’hui. La partie souterraine reste bien conservée du fait de la qualité de la maçonnerie.

 

L'aqueduc specus (a) entrait dans la ville par le quartier des Champs Plaisants. Il suivait alors un tracé sinueux pour rejoindre un bassin de répartition situé à proximité de la place Étienne Dolet en allant en direction de la rue d'Alsace-Lorraine. De là, il partait alimenter le quartier des arènes d'un côté, et de l'autre un château d'eau ou castellum aquae qui se situait entre le haut de la rue des Déportés et de la Résistance et du boulevard du 14 juillet.

(a) specus : terme latin signifiant conduite d'eau, canal et par extension aqueduc

 

La capacité pouvait atteindre environ 31 000 m3 par jour selon Didier Perrugot (1). En comparaison, on peut citer quelques chiffres donnés par Alain Malissard (3) pour d'autres aqueducs romains au début du IIIe siècle : Lyon 76 000 m3/jour, Nîmes 124 000 m3/jour, et Rome 1 127 280 m3/jour.

 

Les thermes

 

Les bains publics existaient déjà en Grèce au Xe siècle avant J-C. Ils étaient alors associés à la gymnastique. Les Romains se sont emparés du concept dès le IIe siècle avant J-C en y apportant de nombreuses améliorations. La plus importante a été le chauffage par le sol appelé hypocauste. Valère Maxime (7) raconte : «Sergius Orata (a) fut le premier qui se mit à bâtir des bains suspendus. Ce luxe qui ne demanda d'abord que des dépenses modiques se développa jusqu'à faire établir comme des mers d'eau chaude suspendues dans les airs. (Vers l'an 656 de Rome) (b) » Il faudra attendre le 1er siècle après J-C pour que se généralise ces installations thermales dans tout l'empire.

  

ARLES - Thermes de Constantin 3

Système d'hypocauste des thermes de Constantin à Arles

 

Leurs fonctions n'étaient pas seulement hygiéniques ou curatives, mais avaient également une fonction sociale associée aux plaisirs du jeu, de la table, de l'amour, et du culte du corps. C'était le lieu où l'on se donnait rendez-vous entre amis, et où se traitaient des affaires.

 

A Rome, on dénombrait 160 thermes publics à la fin de la République (c), et plus de 1000 au milieu du IVe siècle.

 

(a) Sergius Orata est aussi l'inventeur des parc à huitres, met très apprécié des Romains.

(b) An 656 de Rome = 98 avant J-C

(c) La République romaine prend fin entre 44 avant J-C avec l'assassinat de Jules César, et 27 avant J-C au moment où Octave reçoit le titre d'Auguste

 

Qu'ils soient privés ou publics, les thermes sont tous constitués, au détail près, des mêmes salles et mêmes bains :

l’apodyterium : le vestiaire,

le sudatorium : la salle de transpiration,

le caldarium : le bain chaud par aspersion ou immersion;

le tepidarium : le bain tiède,

le frigidarium : le bain froid.

 

J'encourage le lecteur à consulter l'article : « La Villa d'Escolives » sur ce blog, ainsi que l'article du blog de Lutèce  pour plus d'informations sur les thermes.

 

Sens-Agendicum était pourvu de plusieurs établissements thermaux. L'emplacement de l'un d'eux est parfaitement connu. Pour les autres, il n'y a aucune certitude, seules des hypothèses d'emplacements sont avancées.

 

Les thermes connus à Sens


Gilbert-Charles PICARD (9) précise que les termes de Sens sont citéss après 110. Sont-ce les premiers ? De quels thermes s'agit-ils ?

 

1/ Ils se situaient sous l'ancienne prison, le long de la muraille, à côté du palais de justice et non loin du Forum, En 1970, les archéologues ont mis au jour neuf chapiteaux richement décorés de feuillages, dauphins et cornes d'abondance, des bases de colonnes, des panneaux moulurés et des corniches. D'autres découvertes ont attesté de l’existence de thermes à plusieurs salles, avec la découverte de pilettes d'hypocauste et d'un praefurnium (a) dont les briques étaient vitrifiées.

(a) Le praefurnium désigne le foyer dans lequel on insère le combustible.

 

2/ En 1949, à l'intersection de la Grande Rue et de la rue Champfeuillard, l'archéologue P. Parruzot a mis au jour une piscine pouvant appartenir à des thermes.

 

3/ Rue des Vieilles-Etuves-d'en-haut était l'ancien nom de la rue Champfeuillard. Une rue des Vieilles-Etuves-d'en-Bas existait au carrefour de la « rue Saint-Didier » et de la « rue du Conduit » aujourd'hui rue Charles-Leclerc. Ce coin était aussi appelé le "Coin des Eaux". Ces deux étuves publiques existaient en 1388. Aucune preuve ne permet d'affirmer qu'il s'agit d'anciens thermes romains.

 

Une façade de thermes reconstituée, mais un emplacement inconnu

 

La reconstitution de cette façade date des années 60. Chacun des blocs a été mis au jour lors des différentes campagnes de démolition de l'enceinte de la ville entre 1840 et 1903. Plusieurs d'entre eux ont été retrouvés dans la muraille lors de l'ouverture de la rue de l'Amiral Rossel. Cette concentration d'éléments laissait penser que l'établissement thermal pouvait se trouver dans la partie méridionale de la ville. Cette hypothèse a été développée par Lydwine Saulnier-Pernuit, conservateur des Musées de Sens (2).

 

Façade des thermes - DSC03135

 Photo de l'auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

L'ensemble reconstitué est tout à fait exceptionnel. Les différents blocs sont d'inspiration gréco-romaine. Cette iconographie représente une gigantomachie (a) « à la romaine » avec un extraordinaire visage de Neptune (b), des divinités et une frise de jeunes femmes.

(a) gigantomachie : dans la mythologie grecque, combat des Géants contre les dieux.que l'on retrouve dans plusieurs musées grecs. Les plus belles représentations se trouvent au musée de Delphes.

   30 - Trésor de SIPHNOS - Dieux et géants

 

(b) Neptune, en latin Neptunus est dans la mythologie romaine, le dieu des Mers et des Océans, ainsi que du règne aquatique. Il a pour équivalent Poséidon chez les Grecs. Neptune fils de Saturne et de Cybèle (ou Rhéa), était frère de Jupiter et de Pluton.

 

Thermes inconnus à emplacements présumés

 

1/ Augusta Hure (4) reprend ce que Théodore Tarbé (5) avait repéré comme étant les restes d'une riche construction découverte avant 1838 à l'angle du Clos-du-Roi du boulevard de Maupéou. Cet endroit possédait des conduites d'eau souterraines. L'assimilation avec l’existence de thermes est peut être un peu rapide, mais pourquoi pas ! L'avenir nous fournira peut être plus amples informations.


2/ L'axe Paris-Lyon, à la sortie sud de Sens, dans le quartier Saint-Pregts, se nommait dans l'ancien temps « rue des bains » (5). La façade richement décorée ci-dessus serait-elle celle de ces thermes ?


Sources

  1. Didier PERRUGOT, « L'Aqueduc Romain de Sens (Yonne)», Société archéologique de Sens, 2008

  2. Jean-Pierre ADAM, Simone DEYTS, Lydwine SAULNIER-PERNUIT, « La façade des thermes de Sens », Revue Archéologique de l'Est et du Centre-Est, 1987

  3. Alain MALISSARD, « Les Romains et l'eau », éditions Realia / Les Belles Lettres

  4. Augusta HURE, « Le Sénonais Gallo-romain » éditions Culture et Civilisation à Bruxelles

  5. Théodore TARBE, « Recherches historiques et anecdotiques sur la ville de Sens, imprimerie Tarbé, 1838

  6. VITRUVE (Marcus Vitruvius Pollio), architecte romain, (environ 70-25 avant J-C). Architecte puis ingénieur d'artillerie au service de l'empereur Auguste, il rédige un traité « De Architectura » où il décrit les principaux monuments de son époque. Ici voir livre huit. en ligne sur le site de Remacle

  7. VALERE MAXIME, « Des faits et des paroles mémorables », Itinera Electronica, 9.1

  8. Les Dossiers d'Archéologie, « Les thermes en Gaule romaine », n°323 de septembre-octobre 2007

  9.   Les Dossiers histoire et archéologie, "La société gallo-romaine", n°59 de décembre 1981 - janvier 1982

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Published by agendicum - dans SENS antique
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commentaires

Fred 18/07/2016 17:24

Si vous connaissez quelqu'un qui habite rue de Laurencin, demandez lui de vous faire visiter ces 3 niveaux de caves ; ) Le 3 eme est inaccessible car rempli d'eau et de sable fin mais on y voit clairement 2 petites marches de pierre

sittelle 30/05/2011 10:15



Avec ces prouesses techniques, on comprend mieux l'intégration des Romains; les femmes ont dû apprécier le confort et les commodités ! Est-ce qu'il y a des réseaux d'eau vers la cathédrale,
puisque deux courants se croisaient souvent dans le sous-sol ? Merci, cet article est très intéressant. Bonne semaine à vous



agendicum 30/05/2011 10:30



Merci beaucoup de votre commentaire. Quand César est arrivé, ou plus exactement son bras droit, le général Labienus, Sens ou plutot Agendicumn'existait pas. A l'endroit de la construction de
nouvelle ville, il y avait un marécage que les romains vont d'abord assècher puis canaliser. Mais tout ceci fera l'objet d'un article. Donc l'eau est partout ici. Plus de 2 000 ans après les
infiltrations sont partout.


Bonne semaine également.



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  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
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