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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:37

Dans les premiers siècles de notre ère, les mosaïques constituaient un signe de prospérité économique. Elles ornaient les thermes, les temples et certaines villas en particuliers les salles de réception, les salles à manger,.et les salles de bains. Vitruve en parlait déjà au 1er siècle avant J-C.


Elles ont fait leur apparition à Sens Agendicum dans le courant du 1er siècle après J-C avec la construction de la nouvelle ville romaine. Toutes celles retrouvées depuis un siècle et demi sont tout à fait splendides, mais je souhaiterais vous présenter celle qui, à mon avis, présente la plus grande originalité.

 

La mosaïque de la Course du Soleil

 

Elle est datée du IIIe siècle. C'est d'un ensemble rectangulaire de 11 mètres sur 9, et composé de 35 compartiments carrés. Cette mosaïque est encadrée d'une bordure de rinceaux (a) de lierre, entremêlés de fleurs polychromes, le tout sur fond blanc. Les Musées de Sens conservent un morceau de cette bordure.

(a) rinceau : ornement en forme de branchages enroulés présent en architecture, en mosaïque, et en peinture


Le motif central représente une image de la mythologie grecque. Phaéthon, fils d'Hélios, le soleil, tente de maîtriser les chevaux effrayés de son père. Il meurt foudroyé pour avoir perdu le contrôle du char, et d'avoir ainsi manqué d'embraser le monde.

Des médaillons décoratifs de petites dimensions aux quatres coins représentent les saisons. Ils démontrent l'action du soleil sur les saisons et sur le monde.

 

Mosaïque - DSC03208 - Copie

Photo de l'auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens


Pour la composition de cette mosaïque Augusta HURE précise : « Ces cubes sont de marbre et de pâte opaque de verre dit émail. Les premiers sont gris, noir, blanc, rouge, rose, fleur de pêches et jaunes antiques. L'opus de verre, bleu et vert ».

 

Ce médaillon central historié est entouré d'autres motifs en torsades et de figures géométriques diverses.

La composition du médaillon secondaire rappelle un motif floral au centre d'une couronne tressée.

 

Mosaïque - Motif en torsade polychrome de la mosaïque de

Photo de l'auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

Ces deux motifs, ainsi que celui de la bordure sont un mélange d'opus tesselatum (a) et d'opus vermiculatum (b), ce dernier étant plus utilisé pour le motif central.


(a) opus tesselatum : technique la plus utilisée. Des cubes taillés d'environ 1 cm² sont posés sur un ciment et liés par des joints fins ; les surfaces couvertes peuvent excéder 50 m².


(b) opus vermiculatum : mosaïque de tesselles minuscules adaptés parfaitement aux dessins et juxtaposés sans joint ; permettant les dégradés, elle imite la peinture, et est surtout réservée aux panneaux figurés (emblema) réalisés dans des ateliers sur des supports spéciaux etr facilement ajouté au reste de la composition.


Augusta HURE précise qu'à l'endroit de la fouille les archéologues ont trouvé un épais lit de cendres et de matières calcinées sur le pavement. Ceci atteste d'un violent incendie. Elle précise également que ce niveau de destruction a été retrouvé sur tout le pourtour de la ville.

 

On notera qu'avec l'iconographie de la façade des termes représentant des scènes de gigantomachie (a), l'art gréco-romain était, à cette époque, très prisé à Agendicum.

(a) voir l'article « Sens et l'eau »

 

C'est un très petit aperçu des magnifiques collections gallo-romaines des Musées de Sens. J'encourage vivement tous ceux qui le peuvent à venir découvrir les trésors qu'ils renferment.

 

Documents consultés

  1. VITRUVE, « de l'architecture » livre VII, sur le site de Philippe REMACLE

  2. Bulletins de la Société Archéologique de Sens : tome 26 de 1911, et tome 27 de 1912.

  3. Augusta HURE, « Le Sénonais Gallo-romain » éditions Culture et Civilisation à Bruxelles.

  4. Jean-Paul DELOR, Carte archéologique de la Gaule – L'Yonne 89/2.

  5. Dossiers d'Archéologie, n°346 de juillet-août 2011, « Mosaïques antiques, dernières découvertes ».

Cartes postales anciennes

SENS - Mozaîque romaine du 1er siècle -1 2

 

SENS - Mozaîque romaine du 1er siècle -2 2

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 19:51

"La revue de l'Archéologie", n°119 d'avril-mai 2012

 

Cette remarquable revue consacre son numéro aux "Gallo-Romains, vus par eux-même". 

 

C'est un document exeptionnel pour tous ceux qui se passionnent pour cette époque.

 

L'ARCHEOLOGUE

 

Entre autres études, j'en signale deux intéressantes :

  • Gérard COULON signe un article intitulé "Stèles funéraires et représentations de métiers
  • Françoise MELMOTH nous propose "La gloire d'un boulanger"

 

BONNE LECTURE

 


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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 19:24

On ne connait pas avec exactitude la date d'arrivée des légions romaines dans le pays sénon et à Sens Agedincum en particulier. Je la situerais entre 57 et 54 avant J-C. Cette année là, le témoignage de César était plutôt flatteur pour les Sénons . « un peuple le plus puissant de la Gaule et qui jouit parmi les autres d'une grande autorité » (Guerre des Gaules, V, 54)(1). Malgré cet éloge, il se méfiait tout particulièrement de ce peuple connu de longue date en Italie (a).

A la fin 53, après l'assassinat du chef sénon Acco (b), César répartit ses légions pour prendre leurs quartiers d'hiver. Sur les dix engagées, six sont affectées en pays sénon, deux chez les Lingons (c) et les deux dernières sur la frontière des Trévires que Labiénus venait de battre (d). (Guerre des Gaules, VI, 44)(1).


Pourquoi une telle répartition ? Pour deux raisons, César se méfie des Sénons, et leur capitale Agedincum est un nœud routier (e), de première importance pour la progression des légions romaines, et l'acheminement des vivres. Après cette opération, César part pour l'Italie pour y tenir ses assises (Guerre des Gaules, VI, 44)(1). Auparavant, il désigne Labiénus pour le remplacer.


(a) voir article « Les Sénons - 1ère partie »

(b) voir article « Les Sénons - 2ème partie »

(c) vers Dijon ou Langres

(d) probablement à Mouzon, petite ville des Ardennes, sur l’ancienne voie romaine de Reims à Trèves.

(e) voir article « Le réseau routier »



Titus Atius Labienus

C'est un est un général romain. Dès 63 avant J-C, César le remarque pour son sens aigu du commandement et ses qualités de stratège. Durant toute la guerre des Gaules de 58 à 51 avant J-C, il sera son principal lieutenant, avec le titre de légat propréteur (a). Il le remplacera même lors de ses allers et retours de Rome. Les deux hommes se connaissent bien. Ils sont du même âge, et ont probablement fait leurs études ensemble à Rome.

(a) magistrat qui a la charge du gouvernement d'une province.

Titus Labiénus pièce2

 

Quartiers d'hiver à Sens Agedincum (53-52 avant J-C)

L'emplacement de la ville sénonne n'est pas connue avec exactitude. Augusta HURE (2) la situe de part et d'autre de la rivière Yonne avec des postes-vigies surplombant la rivière sur les hauteurs de Saint-Martin-du-Tertre. Cette technique de surveillance des axes routiers et fluviaux a été reprise par la suite par les romains. Elle permettait l'économie de tour en bois de type mirador. On connait grâce aux archéologues l'emplacement de certains de ces postes de surveillance ainsi que de l'emplacement des feux dont les cendres ont pu être identifiées et datées. César lui-même avait été étonné de la vitesse de propagation des nouvelles à travers la Gaule.


Labiénus ne regroupe pas toutes ses légions (a) dans un seul et même endroit. Ce serait contraire à toute logique militaire. Il les repartit sur tous les points stratégiques de Sens Agedincum et de sa région. J'imagine par exemple qu'il avait disposé plusieurs cohortes (b) voir une légion entière non loin de Saint-Valérien, sur les deux grands axes routiers.sud-nord et est-ouest pour les raisons exposées plus haut.


Dans le Sénonais, plusieurs emplacements de campements romains ont été identifiés par l'archéologie. A Sens, l'un d'entre eux appelé « Camps de César » est situé à proximité du sanctuaire de la « Motte du Ciar » (c ). Un autre situé sur la commune de Villeneuve-sur-Yonne à plusieurs kilomètres d'Agedincum a été étudié à la fin du XIXe siècle (2).

(a) 1 légion = 4 500 hommes environ, 27 000 hommes dans le cas présent.

(b) 1 légion = 10 cohortes

(c) voir article « Sens et la Motte du Ciar »

 

Camp romainIllustration Wikipédia

 

Préparatifs du raid sur Lutèce

En ce début 52, la situation n'était pas brillante pour les romains, d'abord le massacre des leurs installés à Orléans Cenabum (Guerre des Gaules, VII, 3)(1), puis la cuisante défaite de Gergovie (Guerre des Gaules, VII, 44)(1). Il y avait eu quelques petites victoires mais l'envahisseur romain avait décidé d'en finir.


Labiénus était informé du retour de César vers le pays sénon (Guerre des Gaules, VII, 56)(1), ce qui était une bonne nouvelle. Malgré tout, ill savait qu'une coalition de plusieurs peuples commençait à s'organiser aux environs de Lutèce. La situation devenait donc critique.


Avec son état major, Labiénus prend la décision d'une opération éclair sur Lutèce, de prendre la coalition par surprise, puis de rentrer rapidement pour faire la jonction avec César. Il emmènera avec lui quatre légions (a) composées d'hommes reposés. Les troupes de renfort qu'il venait de recevoir d'Italie resteront sur place pour garder le cantonnement et les bagages. Donc chacun partira avec un paquetage réduit, de sorte que la marche forcée soit rendue plus facile (b). (Guerre des Gaules, VII, 57)(1).


En temps que fin stratège, je suppose qu'il avait étudié minutieusement l'itinéraire du moins jusqu'à proximité de Melun Metlosedum (c), dernière ville sénonaise avant d'entrer dans le territoire des Parisii, et sur laquelle nous reviendrons dans un autre article. En effet, à aucun moment César n'en parle dans De Bello Gallico. On peut imaginer qu'il avait emprunté la route la plus rapide et la plus sûr, en évitant soigneusement celle des rives encaissées de l'Yonne, propice aux embuscades. La route passant par Saint-Valérien, Voulx et Moret-sur-Loing est beaucoup plus sécurisante. La force des romains est l'affrontement en terrain dégagé. Ici je ne donne qu'un avis personnel, connaissant parfaitement bien les deux itinéraires.


(a) soit environ 18 000 hommes.

(b) Rappel : La cadence normale de la légion dans ses déplacements était de 5 kilomètres par heure, puis 10 minutes de pause. Cette cadence était maintenue pendant 5 à 7 heures par jour. En cas d'urgence, une cadence accélérée de 7 kilomètres par heure pouvait être soutenue pendant plusieurs heures.

(c) Metlosedum : nom d'origine celte dont la traduction serait « la résidence des moissonneurs ». Autre orthographe rencontrée : Melodunum

 

Prise de Meulun Metlosedum

« C'est une ville des Sénons située dans une île de la Seine comme nous venons de dire qu'était Lutèce.Labiénus s'empare d'environ cinquante embarcations, les unit rapidement les unes aux autres et y jette des soldats. Grâce à la surprise et à la terreur des gens de la ville, dont un grand nombre était parti pour la guerre, il se rend sans combat maitre de la place ». (Guerre des Gaules, VII, 58)(1).



La bataille de Lutèce

La coalition est composée de Sénons, de Parisii, d'Aulerques (peuples de la région du Mans et d'Evreux), et de quelques autres. La direction en est confiée à Camulogène, en raison de sa science militaire, malgré son grand âge. Camulogène voulant tirer parti des marais alimentés par l'Essonne, de la Bièvre, l'Orge et quelques autres rus s'y retrancha pour attendre la venue des légions de Labiénus. Celui-ci change de tactique, et retourne à Metlosedum qu'il pille et rase complètement. Pensant qu'elle devait aller attaquer l'envahisseur romain plus qu sud, la coalistion se désunit. Dans la débandade, Camulogène est tué. La bataille est alors terminée. (Guerre des Gaules, VII, 60, 61 & 62)(1).

 

imagesIllustration Wikipédia

 

Epilogue

« Cette action terminée, Labiénus retourne à Agedincum, où avait été laissés les baggages de toute l'armée ; puis avec ses troupes, il rejoint César » Le point de jonction se trouve entre Sens et Joigny selon les notes annexées à « la Guerre des Gaules », version que vous trouverez dans la rubrique « la bibliothèque du Blog »


Documents consultés

(1) Jules CESAR, « La Guerre des Gaules », traduction de L.-A.CONSTANS, chez Folio Classique n°1315, août 2010.

(2) Augusta HURE, « Le Sénonais aux âges de bronze et du fer. Les Sénons d'après l'aerchéologie », édition « Culture et civilisation » à Bruxelles



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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 06:45

C'est un ouvrage remarquable, truffé de détails historiques référencés. Il est bien construit et facile à lire. L'auteur est historien spécialiste de l'antiquité.

C'est une référérence indispensable pour tous les amateurs de cette époque.

 

 

+ Gaulois contre les Romains

 

Collection "tempus", aux éditions PERRIN. Prix 10 €

(rapport qualité / prix : impossible de faire mieux)

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 16:56

Le théâtre


Dans le pays sénon, c'est le deuxième théâtre mis au jour situé à proximité d'un sanctuaire. Selon notre guide, sa capacité d’accueil était d'environ 3 000 spectateurs, ce qui le mettrait à égalité avec celui d'Aquis Segeste.

Mais pourquoi un théâtre à proximité d'un sanctuaire ? Pour tenter de répondre à cette question, j'ai consulté plusieurs articles se rapportant à d'autres sites semblables de l’hexagone. Je n'ai relevé malheureusement aucune explication sérieuse et référencée. Je laisse donc cette question sans réponse, en attendant celles que les spécialistes voudront bien nous fournir.

Le théâtre de Châteaubleau est de forme semi-circulaire de 80 mètres de diamètre. Une petite scène de 8 mètres sur 12 laisse à penser que de grands spectacles ne pouvaient pas être organisés dans cette enceinte. Je me hasarde à imaginer qu'il s'agissait plutôt de causeries peut être à caractère religieuses ou de déclamations de poèmes n'impliquant que peu de monde sur scène.

 

DSC04697

 

La cavea

 

DSC04687

 

DSC04699

 

Les temples

A proximité du théâtre les fondations de plusieurs temples et de bâtiments annexes ont été retrouvées par les archéologues. Malheureusement, à ce jour tout a été remblayé. Trois de ces fanas (temples) ont été édifiés dans le courant du Ile siècle, un quatrième est venue au IIIe siècle s'ajouter à l'ensemble.

Ils constituaient le deuxième ensemble cultuel de Riobe, ce qui indiquait l'importance religieuse de la cité. Je renvoie à l'article de PARTHUISOT référencé ci-dessous.


Un gîte d'étape

Un théâtre de 3 000 personnes probablement rempli en majorité de pélerins implique des structures d’accueil appropriées. La citée a surement développé un ou plusieurs relais pour ces voyageurs de passage.

Il y en existait aussi pour les classes aisées. Au lieu dit « Chauffour », les archéologues ont mis au jour dans les années 1990 les fondations d'une mansio. Ce terme peut être traduit par gîte d’étape. Ces établissements, rencontrés sur les grands axes routiers de l'empire, étaient dirigés par des mansionarius, sorte d'officiers de l'administration. Ils étaient réservés aux dignitaires et aux officiels.


Les ateliers monétaires

Selon un article de l'Inrap référencé ci-dessous, la production de fausse monnaie était une activité importante. Des deniers, des antoniniens, et des doubles sesterces ont pu être identifiés durant les fouilles. Cette activité avait fait de Châteaubleau l'un des centres le plus important de faussaires entre 260 et 285. C'est la période dite des « trente tyrans ».

 

Documentation et sites consultés

« Châteaubleau, site Gallo-romain », publication photocopiée de l'Association La Riobe, Société Archéologique et Historique de Châteaubleau, édition avril 2011.


PARTHUISOT, « Châteaubleau, second sanctuaire gallo-romain », rapport de synthèse, 1990-1991, Service régional de l'archéologie d'Ile-de-France.

 

Inrap (Institut National de recherches archéologiques préventives), « Châteaubleau, les monnaies d'imitation », 2009, disponible sur http://www.inrap.fr


Association La Riobé, « Châteaubleau archéologie », adresse internet : http://www.archeo.fr/chateaubleau/index.htm

 


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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 10:46

Nous poursuivons notre visite gallo-romaine du sénonais en nous arrêtant aujourd'hui à CHÂTEAUBLEAU, charmant village de 270 habitants en Seine-et-Marne, à l’époque au nord-est du pays sénon, non loin de la frontière avec les Meldes.
Fouillée presque sans interruption depuis 1961, la citée s'appelait probablement RIOBE comme l'atteste la table de Peutinger. Cependant les archéologues souhaiteraient trouver une inscription qui apporterait une preuve irréfutable du nom.
Sa population était sûrement beaucoup plus importante qu'aujourd'hui pour plusieurs  raisons : un accès facile desservi par un réseau routier de premier ordre, la présence d'un sanctuaire avec une source guérisseuse, des temples et un théâtre d'au moins 3 000 places.

 

L'accessibilité


Dès le IIe siècle, RIOBE bénéficie d'une situation idéale de par sa position sur le tout nouvel axe nord-sud, la voie Agrippa qui relie Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum-Bononia) à Avignon (Avenio) via Sens (Agendicum) et Lyon (Lugdunum).(voir un précédent article consacré au réseau routier). Aujourd'hui la D209 longe la cité, mais ceci ne veut pas dire que l'ensemble de cette route départementale soit construite sur l'antique voie.
A quelques kilomètres au sud de la ville, la voie Agrippa coupait la voie romaine VR18. Cet itinéraire reliait la région rouennaise à Troyes.(Augustobona), via Paris (Lutecia) et Montereau (Condate), attesté également par la table de Peutinger. Un tel réseau routier a sûrement participé au développement de RIOBE.

 

Le sanctuaire


Après Aquis Segeste, la Motte du Ciar, et très probablement les Fontaines Salées, Riobe serait le quatrième sanctuaire découvert à ce jour en pays Sénon. Édifié au Ile siècle de notre ère, son plan général ne diffère pas beaucoup des trois autres. Néanmoins, c'est le plus petit des quatre : 32 mètres sur 35.
Un chantier a été ouvert par le Touring Club de France en 1961 au lieu-dit « La fontaine de la Tannerie » à l'extrémité nord du village.

 

Sanctuaire de Riobe

 

Photo Touring Club de France 1969

 

Un bassin central entouré d'une galerie de circulation

 

RIOBE Sanctuaire

Travail de l'auteur avec l'aide du logiciel de dessin Paint.net

 

 

RIOBE DSC04678

 

Repère 1 - Deux hémicycles au nord et deux au sud d'environ 7 mètres de diamètre contenaient probablement des statues de divinités que les pèlerins pouvaient implorer ou remercier lors de leur passage dans la galerie couverte. 


RIOBE DSC04682

 

Repère 2 - Le bassin central

 

RIOBE DSC04681

 

Repère 3 - Canalisation d'écoulement des eaux sous l'un des hémicycles sud

 

RIOBE DSC04685

 

Le Musée


Il renferme un très riche mobilier archéologique : vaisselle, ex-voto, statuettes de divinités, nécessaire pour la fabrication de fausse monnaie, tuile avec inscriptions gauloises, et beaucoup d'autres choses toutes aussi passionnantes les unes que les autres.

L'interdiction de faire des photos dans le musée m'ayant été signifiée, je suis désolé de n'avoir rien à publier le concernant. Je le déplore, car l'immense majorité des musées autorise ou tolère les prises de vue. Aussi les illustrations ci-dessous seront tirées d'autres musées ou sites. Des indications seront portées sous chacun des clichés.


Les ex-voto


Les malades attirés vers les sources guérisseuses ou autres points d'eau divinisés révélaient une grande piété populaire, où médecine et religion s'entremêlaient étroitement. Grégoire de Tours donne son avis sur la signification des ex-voto. Les pélerins venaient offrir à la divinité guérisseuse les parties du corps atteintes d'une affection pathologique. Ces représentations étaient en pierre, en bronze ou en os parfois gravées. Par exemple à Alise-Sainte-Reine, c'est une cuisse qui est inscrite, en remerciement à Moritasgus.

 

ex-voto anatomiques

Photo Wikipédia


Parmi les objets mis au jour, certains en forme d’œil atteste de traitements oculaires, mais cela ne prouve pas que Riobe soit un grand centre ophtalmologique comme les Sources de la Seine ou le Mont Auxois.

 

Des statuettes représentant des vénus sorties du bain ou des déesses mères allaitant un enfant symbole de la fécondité prouvaient les traitements d'affections féminines et probablement des nouveaux-nés.

 

DSC04008

Musée de SCEAUX-DU-GATINAIS - Photo de l'auteur

 

Les divinités


Le dieu Mercure Solitumaros qui signifie « qui voit tout » est assimilé à Lugus dieu celte doté de capacités visionnaires. Il y aurait probablement confusion entre le sens de la vue et la capacité de vision ou de conception des choses. Mais laissons les archéologues et autres spécialistes déterminer le sens exact de l'interprétation.

 

Mercure

Photo wikipédia

 

Sucellos, latinisé en Sucellus, est une divinité de la mythologie celtique et gauloise. Il est le dieu les récoltes et des troupeaux. Mais il est vénéré également par les métiers du bois de part la présence de son maillet. La statuette exposée au musée de Châteaubleau n'est pas exactement celle proposée ci-dessous, mais donne une bonne idée.

 

Sucellus MAN St Germain 

Photo Musée d'Archéologie Nationale à Saint-Germain-en-Laye

 

Epona, protectrice des chevaux, est une déesse typiquement gauloise. Ils devaient se trouver en grand nombre à Riobe et dans ses environs car un ensemble de chevaux en bronze a été trouvé dans un puits cultuel.

 

Epona - Saint-Germain-en-Laye

Photo Musée d'Archéologie Nationale à Saint-Germain-en-Laye

 

Documentation consultée
« Châteaubleau, site Gallo-romain », publication photocopiée de l'Association La Riobe, Société Archéologique et Historique de Châteaubleau, édition avril 2011. 

Émile THEVENOT, « Les eaux thermales et les sources guérisseuses en Gaule », Archéologia n°10 de mai-juin 1966

Émile THEVENOT, « Divinités et Sanctuaires de la Gaule », collection Résurrection du passé, édition Fayard, 1968

William Van ANDRINGA, « La religion en Gaule romaine – Piété et Politique (Ier – IIIe siècle après J.C), édition Errance


Sites remarquables
Association La Riobé, « Châteaubleau archéologie », adresse internet : http://www.archeo.fr/chateaubleau/index.htm

Inrap (Institut National de recherches archéologiques préventives), « Châteaubleau, les monnaies d'imitation », 2009, disponible sur http://www.inrap.fr

Jean-François BRADU, Professeur agrégé histoire-géographie, « Civilisations et    
Patrimoine », disponible à l'adresse .http://jfbradu.free.fr

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 15:27

Ces 2 tomes signés Jean-Paul DELOR sont en fait un travail collectif. Sous la plume d'archéologues éminents, on y trouvera l'essentiel des découvertes réalisées jusqu'en 2002 dans notre département.

Cet ouvrage tout à fait indispensable pour les passionnés d'Archéologie devait figurer dans la rubrique "Bibliothèque du Blog".

 

+ DELOR1 

 

+ DELOR2

 

A commander chez votre libraire ou à la "Fondation Maison des Sciences de l'Homme"
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114 volumes de la Carte Archéologique de la Gaule ont été publiés de 1988 à 2011.

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 13:29

 Le camp de Cora ou Chora se situe dans le sud du département de l'Yonne, commune de Saint-Moré. Édifié au sommet de la colline de Villaucerre à 112 mètres au dessus de la rivière la Cure, il a l'aspect d'une forteresse sur un côté. Sa muraille de 190 mètres de long sur 2,70 mètres d’épaisseur est flanquée de sept tours pleines. Au bas, un fossé de 150 mètres de long sur 12 à 18 mètres de large et 2 à 2,50 mètres de profondeur termine la protection. A l'arrière de la muraille, un tertre de 25 hectares est limité sur ses trois autres côtés par des accidents naturels du terrain. A l'époque des moyens complémentaires de défense existaient probablement (palissades, fossés ou autres).

 

Cora - Victor Petit

Vue d'une tour du rempart et du fossé (dessin Victor PETIT)

 

Un tel système défensif dans un milieu boisé et très accidenté n'avait pas été conçu au hasard. Les légions romaines avaient déjà subi de graves revers sur ce type de terrain, royaume des hors la loi. De ce fait, une surveillance permanente de toute la région était nécessaire. Elle devait dans un premier temps assurer la protection des équipes de chantiers de la voie Agrippa, puis de son exploitation. Les voies de communication étaient l'un des éléments essentiels de la romanisation. La sécurité sur cet axe était donc une priorité absolue.


C'est au début du XXe siècle que l'abbé PARAT (1843-1931), précurseur de l'archéologie moderne, met au jour les vestiges du camp après une étude de textes anciens. On trouve la première mention de Cora dans un texte de l'historien Ammien Marcellin (a)(2) rédigé en 350 (3). Plusieurs explications du nom Cora ont été avancées, mais je crois que la plus simple reste la plus plausible. Les romains auraient attribué au camp le nom de la rivière qui coule à ses pieds, la Cure. Il s'agit probablement d'un nom gaulois ou celte.


(a) Ammien MARCELLIN (ca 330-avant 400) est l'auteur de Res Gestae, ouvrage d'histoire couvrant la période 96-378. Malheureusement, seule la partie 353-378 nous est parvenue.



Les monnaies découvertes par l'Abbé PARAT derrière la muraille donne une bonne approximation de la période d'occupation des lieux par les romains. Elle va de Néron à Valentinien II, c'est à dire du 1er jusqu'à la deuxième moitié du IVe siècle de notre ère. Si le 1er siècle semble être correcte pour le début de l'occupation en fonction des travaux de la voie Agrippa, on ne connait pas la date de l'élévation de la muraille. L'archéologue Jean-Paul DELOR la situe au IIIe siècle (4). D'autres dates ont été avancées jusqu'au VIIIe siècle. Il ne s'agit surement pas de construction mais probablement d'agrandissement ou de réparation.


Dispositif typique, probablement décoratif, de la maçonnerie du rampart dite en arête de poisson.

Dispositif typique, probablement décoratif, de la maçonne

Photo publiée avec l'autorisation du site "Fleurs sauvages de l'yonne"

 

Mithra


Parmi le mobilier archéologique peu important retrouvé lors des différentes fouilles, le fragment d'une statuette en terre blanche de Mithra a été mise au jour par les archéologues.

 

DSC04041

 

Mithra est un dieu d'origine indo-iranienne. Il semblerait que les légions de Pompée aient ramené cette croyance de leurs campagnes orientales du 1er siècle avant J-C. A Rome, le mithraïsme a quelque peu évolué et s'est transmis oralement lors de rites d'initiés. Par la suite les empereurs romains seront toujours bienveillants pour cette croyance qui exaltait le courage et la force, qualités réclamées aux légionnaires. Mais au IVe siècle, le culte de Mithra, qui commençait à concurrencer le christianisme, sera fortement combattu pour être finalement interdit par l’empereur Théodose en 392.


En France, les archéologues ont identifié des traces de cette religion dans plusieurs villes de garnison des légions romaines, notamment à Angers (Juliomagus) (5). Le musée de la ville a organisé en 2010 une exposition exceptionnelle avec la collaboration de l'Inrap, qui a mis au jour les vestiges d’un sanctuaire voué à ce culte.

 

DSC03487 


Contrairement aux fouilles du camp de Cora, celles d'Angers ont mis au jour plusieurs ex-voto dont celui sur une plaque de marbre : « A l'empereur Auguste et au dieu invaincu Mithra, Pylades esclave de l'empereur Auguste, esclave de Félix Aghatangelianus a accompli son vœu de son plein gré ».

 

Dans de nombreuses régions, il faudra attendre le XIe siècle pour assister à la disparition totale du culte de divinités païennes telle Mithra (6)


Visite du camp de Cora


En été la végétation prend possession de la muraille et de son environnement, de sorte qu'on ne voit pas grand chose. Aussi la visite est à faire en hiver. Le chemin est jalonné d'explications, et un questionnaire ludique termine la visite.


Classement

  • Classement au titre des Monuments Historiques par arrêté du 14 septembre 1971

  • Référence Mérimée : PA00113833

 

 

Documentation consultée et site remarquable

  1. BAUDOIN, « Rapport sur les fouilles faites au lieu de Chora », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, sixième volume, 1852, éditeur Perriquet à Auxerre.
  2. Ammien MARCELLIN, « Histoire de Rome », livre XVI, 2, 3, Itinera electronica,Du texte à l'hypertexte,disponible sur internet à l'adresse : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Ammien_histXVI/lecture/2.htm
  3. Abbé PARAT, « Question d'étymologie : Côte-de-Chair, Villaucerre et Cora », Bulletin de la Société d’Études d'Avallon, 46ème année, 1905, éditeur Grand à Avallon
  4. Jean-Paul DELOR, « L'Yonne », Carte archéologique de la Gaule, éd. Louis-Jean à Gap, 2002
  5. http://www.inrap.fr/via_podcast/p-10265-Un-temple-dedie-au-dieu-Mithra-a-Angers.htm
  6. Patrice VACHON, « La déesse-mère, la virgo paritura et saint-Bernard, chantre du culte marial », Revue de lMythologie Française n°245 de décembre 2011

 

Autre document consulté


David ULANSEY, « The Origins of the Mithraic mysteries : cosmology and salvation in the ancient world », Oxford, 1989. Une présentation en anglais est disponible sur internet

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 00:00

 C'est le seul ouvrage sur de la Gaule romaine écrit entre 58 et 51 avant J-C. D'autres auteurs, latins pour la plupart, ont abordé certains sujets sur la Gaule mais de façon très brève.

 

Il ne faut jamais oublier que cet ouvrage a été rédigé par un envahisseur, c'est à dire complètement dépourvu d'objectivité. César donne ici sa version des faits en enjolivant surement les récits à son profit. Il devait avant tout convaincre le sénat romain.

Il aurait été passionnant de connaître la version des gaulois, mais ceux-ci n'écrivaient pas.


  Jules CESAR

 

De très nombreuses traductions existent. Celle-ci de L.A. CONSTANS m'a été recommandée par une professeur de latin.

Chez Gallimard, dans la collection Folio classique sous le n°1315, cet ouvrage est d'un prix très modique.

 

Bonne lecture !

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:37

Précédemment nous avons traversé rapidement cinq siècles d'histoire gallo-romaine pour observer l'évolution du nom de la capitale des Sénons : « d'Agendicum à Sens », tel était le nom de l'article. Au cours de cette étude, j'ai évoqué plusieurs documents de référence que nous allons reprendre maintenant. Certains donnent des indications précieuses sur le réseau routier, et d'autres sont à l'origine des premières cartes routières.


État des routes et des transports à l'arrivée de César


Selon une idée reçue toujours en vigueur, les longues routes droites sont qualifiées d'anciennes voies romaines. Il n'en est rien. Les principales voies de communication empruntées par César et ses légions étaient déjà en place bien avant son arrivée. Il s'agit de réalisations gauloises et probablement beaucoup plus anciennes.

Augusta HURE (1) confirme cette affirmation, et décrit quelques véhicules en circulation avant 58 de notre ère : « C'étaient les chars de luxe : l'essedum et le carpentum inspirés du char de guerre ; la benna, sorte de panier en osier, la reda, la carruca et le petorritum, modèles divers de chariots à quatre roues ».

A aucun moment de la « Guerre des Gaules » (2), César ne se plaint du réseau routier. Il aurait pu le faire, car faire évoluer à allure soutenue (a) des légions (b) suivies de chariots de matériels suppose des voies de communications en très bon état.


(a) La cadence normale de la légion dans ses déplacements était de 5 kilomètres par heure, puis 10 minutes de pause. Cette cadence était maintenue pendant 5 à 7 heures par jour. En cas d'urgence, une cadence accélérée de 7 kilomètres par heure pouvait être soutenue pendant plusieurs heures.

Pour information, 1 mille romain (millia) = 1481,50 m (1 000 doubles pas romains) ; 1 lieue (leuga) gauloise = 2 222,50 mètres ou 1 134 toises (1 500 double pas romains). Donc la valeur du pas de la légion est d'environ 0,74 mètre, et 3 milles romains équivalent à 2 lieux gauloises. Pour information la toise gauloise = 1,95 mètre environ.

(b) 1 légion = 4 500 hommes environ

 

Auguste et les grands travaux


Le 16 janvier 27 avant J-C, Auguste est nommé empereur. Il connait bien la Gaule pour y être venu plusieurs fois comme consul dès l'année 39 avant notre ère. En plus de la réorganisation administrative, il lance un programme de grands travaux comprenant entre autres la création de nouvelles routes et une modernisation du réseau existant. Cette politique routière faisait partie des priorités de la romanisation pour l'acheminement des marchandises et la vitesse de déplacement de l'armée.


Il confie cette tâche à Agrippa. C'est l'homme de confiance, le camarade d'enfance et d'études. Les familles des deux hommes sont très liées. Il épousera en deuxième noce Julia, la fille unique d'Auguste. Général et homme politique, il est chargé des programmes de constructions. Ses réalisations à Rome et en Narbonnaise sont nombreuses. Il avait déjà exécuté la route Avignon Lyon à qui il avait donné son nom. Le tracé Lyon Boulogne-sur-Mer terminera le grand axe de Rome vers la Grande-Bretagne. Les travaux commencés entre 22 et 19 ne se termineront que sous le règne de Claude (10av.JC-41-54). Quand elles ne se battaient pas les légions participaient avec la population locale aux divers chantiers, ce qui en faisait une main-d’œuvre nombreuse et probablement formée.


Agrippa - Musée du Louvre

Marcus Vipsanius Agrippa - Musée du Louvre

 

Sens Agendicum était le carrefour de plusieurs routes importantes qui ne démarraient pas forcément derrière une porte de la ville. Après être sorti, il fallait parfois faire plusieurs kilomètres pour rejoindre la route désirée.


Toutes les villes et villages citées sur les itinéraires ci-dessous n'existaient pas forcément dans l'antiquité gallo-romaine. Il pouvait s'agir seulement de villas ou de genre de relais de poste. Quelques années plus tard, la religion chrétienne fédérera ces nouvelles agglomérations autour d'une église centrale, en leurs donnant des noms de Saints ou Saintes.


La voie Agrippa

Elle pénètre dans le département de l'Yonne à proximité de Sainte-Magnance puis longe Avallon (Aballo)en pays Éduens. A quelques kilomètres vers le nord en pays Sénon, on la retrouve à Girolles (a) puis à Sermizelles (5). Elle poursuit sa route au pied du Camp de Cora (b) à Saint-Moré. à Prégilbert, Escolives Sainte-Camille (c) et Auxerre (Autessiodurum) qu'elle traverse le long de l'Yonne. Elle réapparait plus loin à hauteur d'Appoigny (Epponiacus) (d) et Bassou (Bandritum) (e),puis Saint-Julien-du-Sault, Gron et Sens (Agedincum). Au delà de la capitale des Sénons, la voie Agrippa poursuit sa route jusqu’à Châteaubleau (Riobe) (f) via Bray-sur-Seine (3). Cette partie en pays sénon représente une ligne droite presque parfaite (8).


Au delà du Sénonais, elle partait en direction de Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum-Bononia) via Meaux (Lantinum), Senlis (Augustomagus), Beauvais (Caesaromagus), et Amiens (Samarobriva). L'itinéraire Lyon Boulogne-sur-Mer était jalonné dès 39-37 avant J-C (6).


La voie Agrippa reste un axe très fréquenté jusque sous Louis XIV puisque le géographe Pasumot établit 2 cartes de la voie romaine de Sens à Avallon (3).

 

(a) Girolles : « la voie passe à peu de distance des ruines du château de Girolles, qu'elle laisse au nord » selon Victor PETIT (5)

(b) Camp de Cora ou Chora

(c) Escolives Sainte-Camille : voir article dans ce blog

(d) Appoigny : Epponius, Epponiacus, domaine qui appartenait a celui qui vénérait la déesse jument Epona. Nom d'origine Celte, étudié René Louis et Charles Porée, 1939

(e) Bassou : Bandritum, ville gauloise puis gallo-romaine à 7 lieues gauloises d'Auxerre attesté par la table de Peutinger. Au XIXe siècle, les spécialistes ont beaucoup hésité avec le village de Bonnard.

(f) Châteaubleau : la voie Agrippa a été attestée récemment par les archéologues.

 

La voie de Sens à Orléans

Il fallait sortir de Sens aller à Paron puis à Saint-Valérien pour rejoindre cette route appelée aussi « Chemin de César »; décrite aussi dans la table de Peutinger. De là, l'itinéraire partait plein ouest en passant par Montacher-Villegardin (a), Jouy, Branles, Château-Landon, Sceaux-du-Gâtinais (b), et Beaune-la-Rolande dernier village du pays sénon avant d'entrer dans celui des Carnutes. Cette voie se poursuivait alors jusqu'à Orléans (Cenabo).


Cet itinéraire était très fréquenté dans l'antiquité. Outre les voyageurs habituels, les commerçants, les pélerins se rendant à Aquis Segeste, tous venant de Sens ou de l'est de la Gaule, cet axe servait également aux déplacements de l'armée. Début 52 avant J-C, les légions de César (2) l’avaient emprunté pour rejoindre Château-Landon (c), puis Orléans.


(a) Les deux villages sont réunis depuis plusieurs années maintenant. Une borne milliaire existe toujours sur le bord de la route (voir ci-dessous). Sur une des rives du Lunain ont été retrouvées une mosaïque gallo romaine et quelques vases et médailles, aujourd’hui au musée de Sens.

(b) Sceaux-du-Gâtinais, voir l'article dans ce blog

(c) Vellaunodunum selon moi. Cet endroit et les évènements qui s'y rattachent feront l'objet d'une communication ultérieure.

 

Table de Peutinger

 

La voie de Sens à Troyes

Il fallait aussi rejoindre Saint-Valérien, mais prendre la direction plein est. L'autre possibilité consistait à sortir de la ville par la porte Saint-Léon, de traverser le faubourg Saint-Savinien pour rejoindre la route de Troyes, dont le tracé ressemblait approximativement à la route d'aujourd'hui par Villeneuve l'Archevêque.


(a) porte Saint-Léon à partir de 423, puis porte Notre-Dame


La voie de Sens à Paris

Il fallait sortir de Sens par la porte Saint-Didier. Après avoir traversé le faubourg du même nom, la route se dirigeait vers Saint-Denis-les-Sens, Courtois, Villenavotte, Villeperrot, Pont-sur-Yonne, Villemanoche, Champigny et Villeneuve-la-Guyard. Cet itinéraire n'a pas beaucoup changé jusqu'à la frontière de l'Yonne et de la Seine-et-Marne.


La voie de Sens à Meaux

Il fallait sortir de Sens par la porte Saint-Antoine. Après avoir traversé le faubourg du même nom en direction Saint-Clément, la route se dirigeait plein nord en passant à proximité du lieu dit Popelain (ancienne léproserie) et Noslon. Plus loin, elle traversait la route de Montereau (Condate) à Troyes (Augustobona).

Selon Victor PETIT (4), elle est connue sur tout son parcours sous le nom de « chemin-perré » (via petra).


La voie de Sens à Alise

Après être sortie de Sens par la porte Saint-Léon, la route longeait ensuite les abbayes Saint-Jean et Saint-Pierre-le-Vif, et prenait la direction de Mâlay-le-Grand, Noé, Vaumort, Avrolles (Eburobriga) et Alise (Alésia) (4). Malgré son importance, cette voie n'est pas indiquée ni par Antonin, ni par Peutinger.


La voie de Sens à Auxerre

IIl fallait sortir de Sens et rejoindre le bas de Paron puis Gron pour rejoindre la route d'Auxerre en direction de Bassou (Bandritum) répertorié sur la table de Peutinger.


La voie de Sens à Gien

Comme pour la route d'Auxerre, un embranchement se trouvait à hauteur de Gron, pour prendre la direction de Gien via Montbouy.


Chemins et routes en Puisaye

Jean-Pierre PIETAK (6) a mis en évidence l'importance du réseau routier en Puisaye compte tenu de l'activité économique principale de la région, l'exploitation du minerai de fer. Le remblai de toutes les voies fouillées à ce jour est composé entre autres de scories de fer. Je conseille vivement la lecture de cet excellent article.

 

Structure et dimensionnel des voies romaines

Raymond CHEVALLIER (7), dans une étude très intéressante, propose plusieurs dimensionnels routiers dans les cas suivants : ville et route empierrées ou non, avec ou sans trottoirs ou autres bordures, etc ... Ces caractéristiques diffèrent également selon les auteurs. Je ne retiendrai ici que les prescriptions des lois d'Auguste pour les villes. Le decumanus maximus devait avoir 40 pieds de large, et 20 pieds pour le cardo maximus (a).


(a) 1 pied romain = 29,64 centimètres


Augusta HURE (1) quant à elle fournit des mesures qui sont peut être issues de moyennes : « les tranchées avaient de 3,5 à 4,6 mètres de profondeur, sur 6 à 10 mètres de largeur dans laquelle s'établissait la construction de la route ».


La structure et l'architecture des voies de communication du pays sénon pouvait varier en fonction des matériaux disponibles sur place. Par exemples, les scories de fer à proximité des bas-fourneaux en forêt d'Othe et Puisaye ; ou bien les silex abondants dans la région de Champlost.


Je me suis risqué sur une coupe qui regroupe toutes les caractéristiques générales d'une voie romaine.


Coupe générale d'une voie romaine

Travail de l'auteur avec l'aide du logiciel de dessin Paint.net

 

  1. revêtement composé d'un mélange de sable, de gravier et de chaux tassé sur une forte épaisseur. Les chaussées étaient toujours bombées pour aider au ruissellement des eaux de pluie.  
  2. sable ou/et briques ou tuiles finement concassées 
  3. gravier 
  4. grosses pierres servant au drainage  
  5. un fossé de chaque côté permettant l'écoulement des eaux de ruissellement

Les murets maçonnés de chaque coté de la route ne se rencontraient pas dans tous les cas.


Avant Auguste, des revêtements dallés jointifs ou non se rencontraient seulement dans certaines rues en agglomérations, et autour des villas. Par la suite, ces revêtements vont se généraliser à l'ensemble du réseau routier.

 

Une rue de Pompéi

Une rue de Pompéi

 

Je ne connais pas de vestiges de ces antiques chemins pavés dans le Sénonais. Si l'un de mes lecteurs en connait un, je suis preneur de l'information. Merci d'avance.


Les voies romaines ont été utilisées en l'état jusqu'au Moyen Age, ce qui atteste d'une très grande solidité de construction.


Les bornes milliaires

 A ce jour, quatre bornes seulement sont connues dans le Sénonais.

 

 

La borne de Montacher-Villegardin est située dans le nord-ouest du département de l'Yonne dans le Gâtinais, non loin de la limite avec le Loiret, sur l'ancienne voie romaine de Sens (Agendicum) à Orléans (Cenabo). Malgré l'usure de 2 000 ans d'intempéries, elle a été identifiée au XIXe siècle comme pouvant être une borne bimilliaire. D'autres bornes de ce type ont été répertoriées dans d'autres régions et notamment en Auvergne.

 

DSC04792

 

La borne de Prégilbert est aujourd'hui conservée au musée d'Auxerre. Elle a été découverte en 1878 dans le village du même nom situé dans le sud de l'Yonne, au confluent de l'Yonne et de la Cure, sur la voie Agrippa. Elle a été édifiée vers 261 avec une dédicace à l'empereur gaulois Postume (260-269). Ce dernier est classé dans la liste des « Trente Tyrans ».

 

Milliaire de Prégilbert 1

 

Postumo

 

Traduction

« A l'empereur Caesar Marcus Cassianus Latinus Postumus, le Pieux, l'heureux, l’invaincu, Auguste, grand Pontife, grand vainqueur des Germains avec la puissance tribunicienne, Consul par deux fois, Père de la Patrie, aux limites des Éduens, à 72000 pas d'Autun ».


N.B. : 72 000 pas = 106 km.


Selon Jean-Paul DELOR (3), deux autres bornes milliaires auraient été mises au jour, l'une près d'Avallon, et l'autre sur la commune de Cannes-Ecluses en pays Sénon dans le département de la Seine-et-Marne au sud est de Montreau-Fault-Yonne. Cette dernière, découverte en 1918, a été gravée en 366. Elles sont probablement stockées dans des réserves de musées, car je ne les ai jamais vu. 


La table de Peutinger


Comme nous avons parlé lors du précédent article, une « carte routière » destinée probablement à l'armée était établie par les services de l'empereur Théodose II (401-450). Ce document sera retrouvé au XIIIe siècle, et recopié surement plusieurs fois. Il sera repris et étudié par Conrad PEUTINGER au XVe siècle, mais diffusé seulement un siècle plus tard.

Concernant le Sénonais, cette table décrit 3 axes de communication  :

  1. la voie d'Autun à Paris par Orléans,
  2. la voie d'Auxerre à Rouen par Troyes qui passe à Avrelles (Eburobriga),
  3. la voie de Sens à Boulogne-sur-Mer qui se confond avec la voie d'Agrippa.

Contrairement à l'itinéraire d'Antonin qui donne peu de renseignements sur notre région, ces tables de Peutinger fournissent beaucoup d'indications précieuses. Si leur représentation géométrique est fausse, les distances mentionnées semblent fiables.


Sources

  1. Augusta HURE, « Le Sénonais gallo-romain »,Culture et Civilisation à Bruxelles, 1978

  2. Jules César, « Guerre des Gaule », collectionfolio classique, édition Gallimard, 2010

  3. Jean-Paul DELOR, « L'Yonne », Carte archéologique de la Gaule, 2002

  4. Victor PETIT, « La ville de SENS », Les éditions du Bastion, 1994, réédition de l'ouvrage de 1847

  5. Victor PETIT, « Itinéraires des voies gallo-romaines qui traversent le département de l'Yonne », Librairie Archéologique Victor Didron à Paris, 1851

  6. Jean-Pierre PIETAK, « La voie romaine Toucy-Tannerre », Bulletin de l'association d'études de recherches et de protection du vieux Toucy et de ses environs, n°81, 2011. Siège et secrétariat de l'association à l’Hôtel de ville de Toucy 89130.

  7. Raymond CHEVALLIER, « Les voies romaines », éditions Picard à Paris, 1997.

  8. Pierre LEMAN, « Des Alpes à l'océan, la voie Agrippa et la voie orientale d'après les textes et l'archéologie, Bulletin de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l'Yonne, numéro 5, 1988

 

Autres documents consultés

  1. Hypothèses 2004, par Université Paris I Panthéon-Sorbonne. École doctorale d'histoire, publication de la Sorbonne, consultable sur Google Books

  2. Lucien GALLOIS, « Les voies romaines de la Gaule », Annales de Géographie, 1934

  3. Ouvrage collectif sur la Tables de Peutinger, Picard à Paris, 1975.

  4. Quantin et Boucheron, « Mémoire sur les voies romaines qui traversent le département de l'Yonne », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, année 1864, 18e volume, consultable en ligne sur Gallica

  5. Géographie de STRABON, livre IV, traduction d'Amédée TARDIEU, Hachette Paris 1967

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  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
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