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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 13:29

 Le camp de Cora ou Chora se situe dans le sud du département de l'Yonne, commune de Saint-Moré. Édifié au sommet de la colline de Villaucerre à 112 mètres au dessus de la rivière la Cure, il a l'aspect d'une forteresse sur un côté. Sa muraille de 190 mètres de long sur 2,70 mètres d’épaisseur est flanquée de sept tours pleines. Au bas, un fossé de 150 mètres de long sur 12 à 18 mètres de large et 2 à 2,50 mètres de profondeur termine la protection. A l'arrière de la muraille, un tertre de 25 hectares est limité sur ses trois autres côtés par des accidents naturels du terrain. A l'époque des moyens complémentaires de défense existaient probablement (palissades, fossés ou autres).

 

Cora - Victor Petit

Vue d'une tour du rempart et du fossé (dessin Victor PETIT)

 

Un tel système défensif dans un milieu boisé et très accidenté n'avait pas été conçu au hasard. Les légions romaines avaient déjà subi de graves revers sur ce type de terrain, royaume des hors la loi. De ce fait, une surveillance permanente de toute la région était nécessaire. Elle devait dans un premier temps assurer la protection des équipes de chantiers de la voie Agrippa, puis de son exploitation. Les voies de communication étaient l'un des éléments essentiels de la romanisation. La sécurité sur cet axe était donc une priorité absolue.


C'est au début du XXe siècle que l'abbé PARAT (1843-1931), précurseur de l'archéologie moderne, met au jour les vestiges du camp après une étude de textes anciens. On trouve la première mention de Cora dans un texte de l'historien Ammien Marcellin (a)(2) rédigé en 350 (3). Plusieurs explications du nom Cora ont été avancées, mais je crois que la plus simple reste la plus plausible. Les romains auraient attribué au camp le nom de la rivière qui coule à ses pieds, la Cure. Il s'agit probablement d'un nom gaulois ou celte.


(a) Ammien MARCELLIN (ca 330-avant 400) est l'auteur de Res Gestae, ouvrage d'histoire couvrant la période 96-378. Malheureusement, seule la partie 353-378 nous est parvenue.



Les monnaies découvertes par l'Abbé PARAT derrière la muraille donne une bonne approximation de la période d'occupation des lieux par les romains. Elle va de Néron à Valentinien II, c'est à dire du 1er jusqu'à la deuxième moitié du IVe siècle de notre ère. Si le 1er siècle semble être correcte pour le début de l'occupation en fonction des travaux de la voie Agrippa, on ne connait pas la date de l'élévation de la muraille. L'archéologue Jean-Paul DELOR la situe au IIIe siècle (4). D'autres dates ont été avancées jusqu'au VIIIe siècle. Il ne s'agit surement pas de construction mais probablement d'agrandissement ou de réparation.


Dispositif typique, probablement décoratif, de la maçonnerie du rampart dite en arête de poisson.

Dispositif typique, probablement décoratif, de la maçonne

Photo publiée avec l'autorisation du site "Fleurs sauvages de l'yonne"

 

Mithra


Parmi le mobilier archéologique peu important retrouvé lors des différentes fouilles, le fragment d'une statuette en terre blanche de Mithra a été mise au jour par les archéologues.

 

DSC04041

 

Mithra est un dieu d'origine indo-iranienne. Il semblerait que les légions de Pompée aient ramené cette croyance de leurs campagnes orientales du 1er siècle avant J-C. A Rome, le mithraïsme a quelque peu évolué et s'est transmis oralement lors de rites d'initiés. Par la suite les empereurs romains seront toujours bienveillants pour cette croyance qui exaltait le courage et la force, qualités réclamées aux légionnaires. Mais au IVe siècle, le culte de Mithra, qui commençait à concurrencer le christianisme, sera fortement combattu pour être finalement interdit par l’empereur Théodose en 392.


En France, les archéologues ont identifié des traces de cette religion dans plusieurs villes de garnison des légions romaines, notamment à Angers (Juliomagus) (5). Le musée de la ville a organisé en 2010 une exposition exceptionnelle avec la collaboration de l'Inrap, qui a mis au jour les vestiges d’un sanctuaire voué à ce culte.

 

DSC03487 


Contrairement aux fouilles du camp de Cora, celles d'Angers ont mis au jour plusieurs ex-voto dont celui sur une plaque de marbre : « A l'empereur Auguste et au dieu invaincu Mithra, Pylades esclave de l'empereur Auguste, esclave de Félix Aghatangelianus a accompli son vœu de son plein gré ».

 

Dans de nombreuses régions, il faudra attendre le XIe siècle pour assister à la disparition totale du culte de divinités païennes telle Mithra (6)


Visite du camp de Cora


En été la végétation prend possession de la muraille et de son environnement, de sorte qu'on ne voit pas grand chose. Aussi la visite est à faire en hiver. Le chemin est jalonné d'explications, et un questionnaire ludique termine la visite.


Classement

  • Classement au titre des Monuments Historiques par arrêté du 14 septembre 1971

  • Référence Mérimée : PA00113833

 

 

Documentation consultée et site remarquable

  1. BAUDOIN, « Rapport sur les fouilles faites au lieu de Chora », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, sixième volume, 1852, éditeur Perriquet à Auxerre.
  2. Ammien MARCELLIN, « Histoire de Rome », livre XVI, 2, 3, Itinera electronica,Du texte à l'hypertexte,disponible sur internet à l'adresse : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Ammien_histXVI/lecture/2.htm
  3. Abbé PARAT, « Question d'étymologie : Côte-de-Chair, Villaucerre et Cora », Bulletin de la Société d’Études d'Avallon, 46ème année, 1905, éditeur Grand à Avallon
  4. Jean-Paul DELOR, « L'Yonne », Carte archéologique de la Gaule, éd. Louis-Jean à Gap, 2002
  5. http://www.inrap.fr/via_podcast/p-10265-Un-temple-dedie-au-dieu-Mithra-a-Angers.htm
  6. Patrice VACHON, « La déesse-mère, la virgo paritura et saint-Bernard, chantre du culte marial », Revue de lMythologie Française n°245 de décembre 2011

 

Autre document consulté


David ULANSEY, « The Origins of the Mithraic mysteries : cosmology and salvation in the ancient world », Oxford, 1989. Une présentation en anglais est disponible sur internet

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Published by agendicum - dans SAINT-MORE
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  • : Sens et le Sénonais antique et médiéval
  • Sens et le Sénonais antique et médiéval
  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
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