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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 19:24

On ne connait pas avec exactitude la date d'arrivée des légions romaines dans le pays sénon et à Sens Agedincum en particulier. Je la situerais entre 57 et 54 avant J-C. Cette année là, le témoignage de César était plutôt flatteur pour les Sénons . « un peuple le plus puissant de la Gaule et qui jouit parmi les autres d'une grande autorité » (Guerre des Gaules, V, 54)(1). Malgré cet éloge, il se méfiait tout particulièrement de ce peuple connu de longue date en Italie (a).

A la fin 53, après l'assassinat du chef sénon Acco (b), César répartit ses légions pour prendre leurs quartiers d'hiver. Sur les dix engagées, six sont affectées en pays sénon, deux chez les Lingons (c) et les deux dernières sur la frontière des Trévires que Labiénus venait de battre (d). (Guerre des Gaules, VI, 44)(1).


Pourquoi une telle répartition ? Pour deux raisons, César se méfie des Sénons, et leur capitale Agedincum est un nœud routier (e), de première importance pour la progression des légions romaines, et l'acheminement des vivres. Après cette opération, César part pour l'Italie pour y tenir ses assises (Guerre des Gaules, VI, 44)(1). Auparavant, il désigne Labiénus pour le remplacer.


(a) voir article « Les Sénons - 1ère partie »

(b) voir article « Les Sénons - 2ème partie »

(c) vers Dijon ou Langres

(d) probablement à Mouzon, petite ville des Ardennes, sur l’ancienne voie romaine de Reims à Trèves.

(e) voir article « Le réseau routier »



Titus Atius Labienus

C'est un est un général romain. Dès 63 avant J-C, César le remarque pour son sens aigu du commandement et ses qualités de stratège. Durant toute la guerre des Gaules de 58 à 51 avant J-C, il sera son principal lieutenant, avec le titre de légat propréteur (a). Il le remplacera même lors de ses allers et retours de Rome. Les deux hommes se connaissent bien. Ils sont du même âge, et ont probablement fait leurs études ensemble à Rome.

(a) magistrat qui a la charge du gouvernement d'une province.

Titus Labiénus pièce2

 

Quartiers d'hiver à Sens Agedincum (53-52 avant J-C)

L'emplacement de la ville sénonne n'est pas connue avec exactitude. Augusta HURE (2) la situe de part et d'autre de la rivière Yonne avec des postes-vigies surplombant la rivière sur les hauteurs de Saint-Martin-du-Tertre. Cette technique de surveillance des axes routiers et fluviaux a été reprise par la suite par les romains. Elle permettait l'économie de tour en bois de type mirador. On connait grâce aux archéologues l'emplacement de certains de ces postes de surveillance ainsi que de l'emplacement des feux dont les cendres ont pu être identifiées et datées. César lui-même avait été étonné de la vitesse de propagation des nouvelles à travers la Gaule.


Labiénus ne regroupe pas toutes ses légions (a) dans un seul et même endroit. Ce serait contraire à toute logique militaire. Il les repartit sur tous les points stratégiques de Sens Agedincum et de sa région. J'imagine par exemple qu'il avait disposé plusieurs cohortes (b) voir une légion entière non loin de Saint-Valérien, sur les deux grands axes routiers.sud-nord et est-ouest pour les raisons exposées plus haut.


Dans le Sénonais, plusieurs emplacements de campements romains ont été identifiés par l'archéologie. A Sens, l'un d'entre eux appelé « Camps de César » est situé à proximité du sanctuaire de la « Motte du Ciar » (c ). Un autre situé sur la commune de Villeneuve-sur-Yonne à plusieurs kilomètres d'Agedincum a été étudié à la fin du XIXe siècle (2).

(a) 1 légion = 4 500 hommes environ, 27 000 hommes dans le cas présent.

(b) 1 légion = 10 cohortes

(c) voir article « Sens et la Motte du Ciar »

 

Camp romainIllustration Wikipédia

 

Préparatifs du raid sur Lutèce

En ce début 52, la situation n'était pas brillante pour les romains, d'abord le massacre des leurs installés à Orléans Cenabum (Guerre des Gaules, VII, 3)(1), puis la cuisante défaite de Gergovie (Guerre des Gaules, VII, 44)(1). Il y avait eu quelques petites victoires mais l'envahisseur romain avait décidé d'en finir.


Labiénus était informé du retour de César vers le pays sénon (Guerre des Gaules, VII, 56)(1), ce qui était une bonne nouvelle. Malgré tout, ill savait qu'une coalition de plusieurs peuples commençait à s'organiser aux environs de Lutèce. La situation devenait donc critique.


Avec son état major, Labiénus prend la décision d'une opération éclair sur Lutèce, de prendre la coalition par surprise, puis de rentrer rapidement pour faire la jonction avec César. Il emmènera avec lui quatre légions (a) composées d'hommes reposés. Les troupes de renfort qu'il venait de recevoir d'Italie resteront sur place pour garder le cantonnement et les bagages. Donc chacun partira avec un paquetage réduit, de sorte que la marche forcée soit rendue plus facile (b). (Guerre des Gaules, VII, 57)(1).


En temps que fin stratège, je suppose qu'il avait étudié minutieusement l'itinéraire du moins jusqu'à proximité de Melun Metlosedum (c), dernière ville sénonaise avant d'entrer dans le territoire des Parisii, et sur laquelle nous reviendrons dans un autre article. En effet, à aucun moment César n'en parle dans De Bello Gallico. On peut imaginer qu'il avait emprunté la route la plus rapide et la plus sûr, en évitant soigneusement celle des rives encaissées de l'Yonne, propice aux embuscades. La route passant par Saint-Valérien, Voulx et Moret-sur-Loing est beaucoup plus sécurisante. La force des romains est l'affrontement en terrain dégagé. Ici je ne donne qu'un avis personnel, connaissant parfaitement bien les deux itinéraires.


(a) soit environ 18 000 hommes.

(b) Rappel : La cadence normale de la légion dans ses déplacements était de 5 kilomètres par heure, puis 10 minutes de pause. Cette cadence était maintenue pendant 5 à 7 heures par jour. En cas d'urgence, une cadence accélérée de 7 kilomètres par heure pouvait être soutenue pendant plusieurs heures.

(c) Metlosedum : nom d'origine celte dont la traduction serait « la résidence des moissonneurs ». Autre orthographe rencontrée : Melodunum

 

Prise de Meulun Metlosedum

« C'est une ville des Sénons située dans une île de la Seine comme nous venons de dire qu'était Lutèce.Labiénus s'empare d'environ cinquante embarcations, les unit rapidement les unes aux autres et y jette des soldats. Grâce à la surprise et à la terreur des gens de la ville, dont un grand nombre était parti pour la guerre, il se rend sans combat maitre de la place ». (Guerre des Gaules, VII, 58)(1).



La bataille de Lutèce

La coalition est composée de Sénons, de Parisii, d'Aulerques (peuples de la région du Mans et d'Evreux), et de quelques autres. La direction en est confiée à Camulogène, en raison de sa science militaire, malgré son grand âge. Camulogène voulant tirer parti des marais alimentés par l'Essonne, de la Bièvre, l'Orge et quelques autres rus s'y retrancha pour attendre la venue des légions de Labiénus. Celui-ci change de tactique, et retourne à Metlosedum qu'il pille et rase complètement. Pensant qu'elle devait aller attaquer l'envahisseur romain plus qu sud, la coalistion se désunit. Dans la débandade, Camulogène est tué. La bataille est alors terminée. (Guerre des Gaules, VII, 60, 61 & 62)(1).

 

imagesIllustration Wikipédia

 

Epilogue

« Cette action terminée, Labiénus retourne à Agedincum, où avait été laissés les baggages de toute l'armée ; puis avec ses troupes, il rejoint César » Le point de jonction se trouve entre Sens et Joigny selon les notes annexées à « la Guerre des Gaules », version que vous trouverez dans la rubrique « la bibliothèque du Blog »


Documents consultés

(1) Jules CESAR, « La Guerre des Gaules », traduction de L.-A.CONSTANS, chez Folio Classique n°1315, août 2010.

(2) Augusta HURE, « Le Sénonais aux âges de bronze et du fer. Les Sénons d'après l'aerchéologie », édition « Culture et civilisation » à Bruxelles



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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 16:14

Bien avant César, les Romains avaient déjà tissé des liens avec certains peuples de la future Gaule comme les Eduens ou les Arvernes. Les échanges étaient principalement commerciaux, voir politique et militaire dans les milieux les plus aisés. Certains jeunes gaulois partaient suivre des études à Rome comprenant enseignement général et militaire. A leurs retours, ils formeront l'élite gallo-romaine, celle sur qui les empereurs compteront pour parachever la romanisation. Vercingétorix a très probablement suivi ce cursus avant de se retourner contre Rome.


Les Romains ne s’embarrassaient pas de questions sur l’origine des Celtes qu’ils appelaient tous Galli, qu’ils soient de Gaule ou d’Italie. Les Sénons quant à eux occupaient la Celtique, l'une des trois parties de la Gaule dont parle César en 58 avant notre ère avec la Belgique et l'Aquitaine. (Guerre des Gaules, I, 1)(1).


En 54 avant J-C, le témoignage de César était plutôt flatteur pour les Sénons :

« Senones, quae est civitas in primis firma et magnae inter gallos auctoritatisun ... » Les Sénons peuple le plus puissant de la Gaule et qui jouit parmi les autres d'une grande autorité. (Guerre des Gaules, V, 54)(1). Malgré cet éloge, il se méfiait tout particulièrement de ce peuple connu de longue date en Italie.

 

Brennus

Il y avait eu la bataille d'Allia (a) que.personne n'avait oublié à Rome avec les conséquences qui devaient s'en suivre. Les légions romaines subirent une défaite cuisante en 18 juillet 390 avant notre ère face à une coalition gauloise menée par le Sénon BRENNOS. (Tite-Live, V, 38)(2). En Celte son nom signifie « corbeau ». C'est une allégorie du guerrier. Plus tard chez les gaulois BRENN signifiera « chef de guerre ». Ce nom sera latinisé en BRENNUS. Dans le département de l'Yonne, la ville de Brienon signifie « lieu de combat ».

Selon les auteurs, les Romains disposaient de 4 à 6 légions (b) et les Gaulois 3 000 hommes seulement. Conforté par cette victoire, l'intrépide guerrier sénonais ordonnait le siège et le sac de Rome, le Capitole excepté, cette colline fortifiée étant de réputation imprenable. Il durera des mois. Les Romains affamés demanderont une trêve. Brennus accepta de négocier avec le tribun militaire Quintus Sulpicius contre une forte rançon de 1 000 livres en or. Suite à des tricheries sur les poids, la légende veut qu'il ait jeté son épée dans le plateau de la balance en hurlant « Vae Victis ! » (Malheur aux vaincus !) (Tite-Live V, 48)(2)

 

Brennus balance

Brennus posant son épée sur la balance

(selon Paul Lehugeur historien du XIXe siècle)

 

Une nuit, les gaulois tentent un assaut surprise. Les sentinelles endormies ne les entendent pas arriver. Seules les oies sacrées de Junon réagissent. Les soldats romains repousseront les envahisseurs en les poussant du haut des murailles.

(a) rivière à une vingtaine de kilomètres de Rome en pays Sabin, non loin de son confluent avec le Tibre

(b)1 légion = 4 500 hommes environ

 

2 270 ans plus tard ...

le gouvernement Gambetta décida fin 1881 de commander un nouveau cuirassé qui aura pour nom « Le Brennus » en hommage au vaillant combattant sénonais. Le Musée national de la Marine à Paris conserve la figure de proue du navire.

 

Brennus cuirassé


Moritasgos [-57]

Lors de son arrivée César trouve le trône des Sénons occupé par ce roi (Guerre des Gaules, V, 54)(1). Il descendait lui-même d'autres souverains qui avaient régné sur ce peuple. Il porte très curieusement le même nom qu'un dieu gaulois assimilé à APOLLON dont un temple sera édifié sur le plateau d'Alésia.


Cavarinos [-57,-53]

En Celte, son nom signifie « Géant, Champion » et par la suite sera latinisé en Cavarinus. Frère de Moritasgos, César le remplacera en 57 comme roi des Sénonais. Plus tard ses compatriotes voulant le mettre à mort, il s’enfuira au delà des frontières. En 53, il reviendra avec sa cavalerie prêter main forte à César contre Ambiorix, chef Éburons, peuple du nord de la Gaule belgique, et les Treviri, peuple de Trèves. (Guerre des Gaules, V, 54)(1).


Acco [-53]

Depuis l'occupation de la Gaule, les peuples se soulevaient les uns après les autres. Quelques uns seulement avaient fait allégeance à l'envahisseur. Les légions romaines sillonnaient l'hexagone pour réprimer les émeutes. Dès -53, Acco était rendu responsable de la révolte. (Guerre des Gaules, VI, 4)(1).

« Après la dévastation de ce territoire, César ramena l'armée, diminuée de deux cohortes, à Durocortorum, capitale des Rèmes, et, y ayant convoqué l'assemblée de la Gaule, il résolut de s'occuper de la conjuration des Sénons et des Carnutes. Acco, qui en avait été le chef, reçut sa sentence de mort et subit son supplice selon les anciens usages. Quelques autres prirent la fuite, dans la crainte d'un jugement. Après leur avoir interdit le feu et l'eau, César établit deux légions en quartiers d'hiver chez les Trévires, deux chez les Lingons, et les six autres sur les terres des Sénons, à Agédincum. Lorsqu'il eut pourvu aux subsistances de l'armée, il partit pour l'Italie, selon sa coutume, pour y tenir l'assemblée du pays » (Guerre des Gaules, VI, 44)(1).


Cette condamnation amènera la grande révolte de -52 avec Vercingétorix qui se termina par la défaite d'Alésia.


Drappès [-51]

Après la défaite d'Alésia, le Sénon Drappès organisa la résistance aux légions de César.

« Comme on savait qu’après cette déroute le Sénon Drappès, qui, dès le début du soulèvement de la Gaule avait rassemblé de toute part des gens sans aveu, appelé les esclaves à la liberté, fait venir à lui les bannis de toutes les cités, accueilli les voleurs, et intercepté les convois de bagages et de ravitaillement des Romains, comme on savait que ce Drappès avait formé avec les restes de l’armée en fuite une troupe atteignant au plus deux mille hommes et marchait sur la Province, qu’il avait pour complice le Cadurque Lucterios (a) qui, au début de la révolte gauloise, s’était proposé, comme on l’a vu dans le commentaire précédent, d’envahir la Province, le légat Caninius (b) se lança à leur poursuite avec deux légions, ne voulant pas que la Province eût à souffrir ou que la peur s’emparât d’elle, et qu’ainsi nous fussions déshonorés par les brigandages d’une bande criminelle ».(Guerre des Gaules, VIII, 30)(1)

 

Il tente avec Lucterios (a) d'envahir la Province, aujourd'hui la Provence. Pourchassé par les deux légions de Caninius (b), il se réfugie dans l'oppidum d'Uxellodunum (c). Il est capturé pendant le combat.

« Drappès, qui, ainsi que je l'ai dit, avait été fait prisonnier par Caninius (b), soit honte et douleur de sa captivité, soit crainte d'un supplice plus grand, s'abstint de nourriture pendant plusieurs jours, et mourut de faim ». (Guerre des Gaules, VIII, 44)(1).

 

Uxello

Gravure représentant
Uxellodunum comme on se l'imaginait au XVIème siècle.
 

 

 Après la chute de la ville et l’arrestation de Drappès, la Guerre des Gaules sera définitivement  terminée.

 

(a) Lucterios (latinisé en Lucterius) est un chef gaulois des Cadurques, peuple habitant l’actuelle région de Cahors et du Quercy,

(b) Caius Caninius est le légat de César. Il assiége Uxellodunum avec deux légions 

(c) Uxellodunum est le nom d'un oppidum gaulois, situé dans le Quercy actuel. Son nom signifie la « forteresse élevée ». Longtemps contestée, sa localisation au Puy d'Issolud est désormais reconnue par tous les spécialistes.

 

Sources

  1. Jules CESAR, « La Guerre des Gaules », traduction de L.-A.CONSTANS, chez Folio Classique n°1315, août 2010.

  2. TITE-LIVE, « Histoire Romaine », traduction nouvelle, Livres I à V, présentation et traduction par Annette FLOBERT, éditons GF Flammarion à Paris, 1995

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:43

Selon Augusta HURE (1) : « le nom Sénon n'appartenait pas originairement à une tribu celtique, mais à une tribu pré-gauloise ou pré-celtique du Sénonais ». A une période éloignée, leur territoire était surement beaucoup plus étendu vers l'est de la France. Hormis le village de Sénon dans la Meuse, on relève plusieurs agglomérations ayant Sénon comme racine dans leur nom : Senones dans les Vosges, Sénoncourt dans la Meuse et la Haute-Saône, et Sénonville aujourd'hui commune de Valbois dans la Meuse. C'est en venant du plateau bavarois (2) que ce peuple aurait probablement fondé ces citées.

Un autre spécialiste de l'antiquité Joël SCHMIDT (3) fait venir les Sénons avec les Celtes des pays du nord de l’Europe (Danemark, rives de la Baltique, Frise, Jutland, Ems, Weser et Elbe), dès le Ve siècle avant notre ère, à la recherche d'espace vitale et d'un climat moins rude. Cet auteur précise en outre : « Les guerriers celtes ne sont pas seuls. Ils sont suivi par des femmes, des enfants, des vieillards et par leurs troupeaux. Ils se déplacent par milliers, voir par centaines de milliers dans des chariots ... ».

Le problème de la provenance des Sénons n'est encore résolu. Laissons donc les spécialistes travailler à cette passionnante énigme !


A cette époque une autre branche des Sénons emmenée par Bellovèse part s'établir en l'Italie sur les bords de l'Adriatique (Tite-Live V, 34)(4), dans la province d'Ancône. Ce territoire nommé par les Romains « ager gallicus » signifie « terre gauloise », sera annexé par les Romains en 295 avant J-C après la victoire de Sentinum sur une coalition des Sénons et des Samnites. Les romains fondront probablement à cette époque la ville de SENA ou SENA GALLIA, qui deviendra par la suite SENIGALLIA.


Dans l'hexagone, leur territoire couvre majoritairement les départements de l'Yonne et de la Seine-et-Marne, mais empiète aussi sur ceux du Loiret à l'ouest et de l'Aube à l'est. A cette époque la notion de frontière n'est pas très précise. Dans la grande majorité des cas, ce sont les cours d'eau, les marécages et les forêts qui servent de délimitations.

 

Carte de la Senonie1

Camille JULLIAN (6) puis Henri BEIS (7) donnent un éclairage tout à fait intéressant sur ces limites, et notamment sur l'appartenance ou pas des Auxerrois au territoire des Sénons. Il y aurait eu probablement une grande confusion entre les époques pré-romaine, celle de César, celle d'Auguste, et celle de la création des diocèses, où les découpages administratifs n'ont pas arrêté de changer. Pour Bertrand DEBATTY (8) la cité d'Auxerre pourrait avoir été Sénone avant la fin du IIIe siècle, c'est à dire avant la réforme de Dioclétien.


La limite nord avec le territoire des Meldes semble être la rivière Yvron à quelques kilomètres au nord de Châteaubleau. A propos de ce ru, le terme « equoranda » a été avancé. Il s'agit d'un mot d'origine celte utilisé pour désigner une rivière frontière entre deux territoires. De plus cette limite a coïncidé avec celle des évêchés de Sens et de Meaux quelques décénies plus tard.


Selon César, les Parisii qui occupaient les anciens départements de la Seine et de La Seine-et-Oise, étaient autrefois unis aux Sénons en un seul état. (Guerre des Gaules, VI, 5).


La langue et les écrits

SENON en celtique signifie « vieux », « ancien », ou « sage ». Ce terme deviendra par la suite SENO ou SENOS pour les gaulois. De nos jours le préfixe SEN a survécu dans le mot sénior. Malheureusement tout était dans le langage, rares étaient les écrits.

Hormis quelques tessons que les archéologues ont mis au jour ici et là, le seul document retrouvé est « la tuile de Châteaubleau » que plusieurs spécialistes dont Pierre-Yves LAMBERT (9) ont tenté de  déchiffrer sans être tous d'accord sur la traduction. Dans le "blog de Lutèce"  l'auteur a développé ce sujet.

 

L'habitat

Les autochtones et les Sénons vivaient dans des maisons en bois et torchis recouvertes de chaume.

 

Un village Gaulois primitif 

Des fouilles dirigées par D.THIBAULT en 1992 sur le chantier de l'autoroute A5, au lieu dit Champs Notre-Dame, sur la commune de Saint-Denis-lès-Sens ont mis au jour une ferme gauloise du 1er siècle avant J-C,.dont une maquette est conservée aux Musées de Sens.

Les habitations se trouvaient toujours à proximité de points d'eau douce, sources, ruisseaux et autres rivières. Vu leur importance pour la vie communautaire, ils étaient toujours divinisés. C'est le cas de la rivière Yonne qui l'a été très tôt. Icauna est le nom pré-latin de la déesse, attesté par une dédicace retrouvée à Auxerre.

Autre exemple, la Fosse Dionne est l'un des points remarquables de la ville de Tonnerre. Selon Marcel MEUNIER, ancien président de la Société d’Études d’Avallon et auteur d'une savante étude hydrologique consacrée à l'antique « fons divona », Dionne serait la contraction de Divonne ou Divona. Cette source ne serait donc qu'une dédicace à la divinité celtique des eaux. On retrouve le nom de la déesse dans le toponyme Divonne-les-Bains dans le département de l'Ain.

 

TONNERRE - La Fosse Dionne

 

Les soins du corps

« Les Gaulois sont grands de taille ; ils ont la chair molle et la peau blanche : leurs cheveux sont naturellement blonds, et ils cherchent par des moyens artificiels à rehausser cette couleur : ils les lavent fréquemment avec une lessive de chaux, ils les retirent du front vers le sommet de la tête et la nuque, de sorte qu'ils ont l'aspect de Satyres et de Pans. Grâce à ces moyens, leurs cheveux s'épaississent tellement qu'ils ressemblent aux crins des chevaux. Quelques-uns se rasent la barbe et d'autres la laissent croître modérément, mais les nobles se rasent les joues, et laissent pousser les moustaches, de manière qu'elles leur couvrent la bouche ». (Diodore de Sicile, V,28)


L'habillement

« Les Gaulois portent des vêtements singuliers; ils ont des tuniques bigarrées de différentes couleurs, et des chausses qu'ils appellent bragues. Avec des agrafes, ils attachent à leurs épaules des saies rayées, d'une étoffe à petits carreaux multicolores, épaisse en hiver, et légère en été ». (Diodore de Sicile, V,30)


Le travail du fer

Le département de l'Yonne est très riche en minerai de fer facile à exploiter car peu profond. Cette activité vient remplacer celle du silex également en abondance dans la région.

Des fouilles ont été effectuées au début des années 90 aux Clérimois, canton de Villeneuve-l'Archevêque, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Sens (9). Elles ont permis de mettre au jour trois types de bas-fourneaux (a) ayant fonctionné du IIIe siècle avant J-C au VIIe siècle de notre ère.


(a) Le bas-fourneau est un four à combustion interne qui a servi jusqu'au Moyen-Âge à la transformation du minerai de fer en fer métallique.


Le combustible était le charbon de bois. La taille des fours et la masse importante des scories retrouvées indique une grande production de fer.

 

Vie quotidienne - DSC02728

Photo de l’auteur publiée avec l'autorisation des Musées de Sens

 

En plus du pays d'Othe et de la Puisaye, les différentes fouilles ont révélé d'autres centres autour de Sens : Paron, Villeneuve-sur-Yonne, Mâlay-le-Grand, Marsangy et Vallery. Seules l'extraction et la fonderie étaient réalisées sur place, la fabrication de vaisselle, armement et autres ustensiles étant faite ailleurs (1). Pour Michel MANGIN (10) il faut chercher les forges dans les agglomérations que ce soit pour la fabrication des objets, ou pour leurs réparations. Dans sa conclusion, il parle des Sénons comme étant un véritable « peuple de métallurgistes ».

 

Sources

  1. Augusta HURE, « Le Sénonais aux ages du bronze et du fer. Les Sénons d'après l'archéologie », Culture et Civilisation à Bruxelles, 1978

  2. Pierre PARRUZOT, « Sens », 1971

  3. Joël SCHMIDT, « Les Gaulois contre les Romains », collection Tempus n°311, éditions Perrin, 2010

  4. TITE-LIVE, « Histoire Romaine », traduction nouvelle, éditons Garnier-Flammarion à Paris, 1995

  5. Jules CESAR, « La Guerre des Gaules », traduction de L.-A.CONSTANS, chez Folio Classique n°1315, août 2010.

  6. Camille JULLIAN, « Histoire de la Gaule » en 6 volumes parus de 1908 à 1920 chez Hachette à l'origine. Toujours en vente dans d'autres éditions.

  7. Henri BEIS, « Étude sur la détermination du territoire des Sénons », Bulletin de la Société Archéologique de Sens, tome XXXIV, 1925

  8. Bertrand DEBATTY « Les limites de la cité gallo-romaine des Sénons », Hypothèses 1/2004 (), p. 85-94. URL : www.cairn.info/revue-hypotheses-2004-1-page-85.htm.

  9. Pierre-Yves LAMBERT, « La langue gauloise, description linguistique, commentaires d'inscriptions choisies », éditions Errance, 2003.

  10. Christophe DUNIKOWSKI et Sandra CABBOI, « La sidérurgie chez les Sénons : les ateliers celtiques et gallo-romains des Clérimois » - Archéologie préventive sur le tracé des autoroutes A5-A160, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme à Paris, 1995

  11. Michel MANGIN, « Le travail du fer – Dans les villes et les campagnes gallo-romaines », Dossier d'Archéologie hors série n°11 de décembre 2004.

 

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  • : Histoire et Archéologie antique et médiévale d'un territoire immense constitué par les départements de l'Yonne, de la Seine-et-Marne, et d'une partie du Loiret et de l'Aube. Sa capitale s'est appelée successivement Agedincum, Senones, puis SENS.
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